Depuis sa mort, les occasions de revoir l’œuvre de Bernard Dufour (1922-2016), peintre, photographe et écrivain, ont été bien trop rares. Or il était, quel que soit le mode de création, un explorateur acharné de l’être humain et de ses passions, sacrifiant tout à la vérité des sensations et des émotions. Cette exigence de justesse se voit d’autant mieux dans l’exposition de la galerie Patrice Trigano que s’y trouvent des toiles des années 1970 jusqu’à celles de la fin, l’expérience stylistique se renouvelant plusieurs fois.
Le corps en est le sujet principal, féminin surtout, mais, à l’exception d’un portrait de son épouse Martine, digne de Pierre Bonnard (1867-1947), ce corps est fragmenté, disloqué ou démultiplié, plusieurs états de la même figure se superposant. Il est tantôt seulement dessiné, tantôt doué de volume par les frottis de couleurs. Sans souci d’échelle et de proportions, sans ménagements pour la forme, Bernard Dufour compose par juxtaposition de morceaux, visages, bustes, mains, ventres. Ce sont des leçons d’anatomie subjectives et, si le désir y est inscrit, la certitude de la disparition est tout aussi crue. Alors que la question de la représentation du nu est essentielle chez tant d’artistes actuelles respectées, de Marlene Dumas à Nathanaëlle Herbelin, le peu d’attention qui est aujourd’hui accordé à Bernard Dufour est incompréhensible.
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