« Rachida Dati n’était pas une solution, mais un problème », cingle l’ex-candidat Horizons/Renaissance à la mairie de Paris, Pierre-Yves Bournazel, dans un entretien au Nouvel Obs daté du jeudi 26 mars. Il s’était personnellement retiré de la campagne dans l’entre-deux-tours, à la surprise générale, après avoir fusionné sa liste avec la finaliste de la droite et du centre, largement battue au second tour.
La veille, Mme Dati avait accusé l’ancien candidat, arrivé quatrième au premier tour, de « trahison », lui reprochant de s’être retiré de la liste commune au dernier moment « sans prévenir personne ». Interrogée par le Figaro, le 24 mars, l’ancienne sarkozyste estimait que « placer des gens sur une liste et, en contrepartie, ne pas tenir ses engagements, c’est avoir un sens très limité de l’honneur et de ses responsabilités ».
M. Bournazel justifie ses choix : « J’ai (…) refusé cette place pour être en cohérence avec mes engagements et mes valeurs ». Il étrille sa rivale en retour : « Rachida Dati est incapable de tirer les leçons de sa défaite. Un minimum de décence exigerait qu’elle en assume la responsabilité. Je la laisse à sa haine et sa rancoeur ».
« Personnalité clivante et agressive »
Et ce proche d’Edouard Philippe d’égrainer les raisons qui, selon lui, auraient dû permettre à l’ex-ministre de la culture de l’emporter face au candidat de la gauche unie hors La France insoumise (LFI), Emmanuel Grégoire. Il cite notamment la nouvelle réforme électorale dite PLM (Paris-Lyon-Marseille) et une « configuration la plus favorable au second tour avec une triangulaire et une gauche divisée », conséquence du maintien de la candidate insoumise Sophia Chikirou.
« Elle a pourtant échoué pour la deuxième fois après son échec de 2020. Résultat : elle a fait perdre sept nouvelles années à l’alternance », a-t-il dénoncé. Et de poursuivre : « La leçon du scrutin est simple : les Parisiennes et les Parisiens voulaient l’alternance, mais ne voulaient pas de Rachida Dati ». Preuve de ce rejet, selon lui : « Elle fait beaucoup moins que ses propres têtes de liste dans de nombreux arrondissements. »
Il la qualifie de « personnalité clivante et agressive » et rappelle son procès à venir. La maire du 7e arrondissement sera jugée du 16 au 28 septembre pour corruption et trafic d’influence, soupçonnée d’avoir perçu 900 000 euros d’une filiale de Renault-Nissan pour avoir fait illégalement du lobbying au Parlement européen. Des accusations qu’elle dément.
Propre groupe d’opposition
Dans cette interview, M. Bournazel a également exhorté le nouveau maire de Paris, à agir sur le « sujet urgent » du périscolaire parisien, secoué par des affaires de violences sexuelles. Interrogé sur le lien entre sa décision d’accepter de fusionner sa liste avec celle de Mme Dati et la candidature du patron d’Horizons, Edouard Philippe, à l’élection présidentielle, l’ex-candidat ne nie pas : « J’ai accompli mon devoir pour le collectif. (…) J’ai certainement préservé les intérêts de candidature à la présidentielle », a-t-il déclaré.
Les élus de sa liste ont constitué leur propre groupe d’opposition au futur Conseil de Paris. Appelé « Paris apaisé », du nom de leur liste de premier tour, il sera constitué de onze membres dont la maire du 5e arrondissement Florence Berthout, l’ancienne ministre Marlène Schiappa, l’ex-députée Emmanuelle Hoffman et l’ex-candidat à la mairie du 6e arrondisssement Antoine Lesieur, ont annoncé Renaissance et Horizons dans un communiqué commun. « Paris apaisé » siègera sur les bancs de l’opposition de droite et du centre aux côtés du groupe de Rachida Dati dont la composition n’est pas encore connue.
Après la victoire d’Emmanuel Grégoire, dont la liste a remporté 50,52 % des suffrages, neuf points devant celle sa rivale Les Républicains (LR), l’opposition voit son nombre d’élus diminuer, passant de 65 à 51 sièges. La majorité du nouvel édile (PS/Ecologistes/PCF/Place publique/L’Après) disposera de 103 sièges, soit dix de plus qu’aujourd’hui. La liste LFI (7,96 % des voix) a quant à elle obtenu neuf sièges.
Le Conseil de Paris doit se réunir dimanche pour élire formellement Emmanuel Grégoire et son nouvel exécutif.












