La chanson Purple Rain, signée Prince en 1984, soit au temps de la préhistoire, voit son écoute exploser depuis le début de l’année sur la plateforme Spotify. Même joie pour Heroes, de David Bowie, qui date de 1977. Evidemment, il y a une explication. Ces deux joyaux figurent dans l’épisode final de la saison 5 de Stranger Things, la série phénomène de Netflix, qui chavire des adolescents du monde entier – plus de 1 milliard de vues depuis le lancement de la saga il y a dix ans. Qu’une série juvénile fasse revivre la bande-son des anciens est merveilleux et affreux.
Merveilleux par l’ampleur du phénomène : 7,6 millions d’écoutes pour Purple Rain entre le 2 et le 8 janvier sur les plateformes et + 577 % pour les seuls 15-25 ans. Heroes est passé de 94 000 écoutes par jour à près de 500 000. Et puis cette série télé, où la musique joue un rôle-clé sur fond de destruction du monde, a le bon goût de redonner vie à des chansons de Metallica, des Pixies, de Fleetwood Mac, de Diana Ross ou d’Abba. Certaines sont même propulsées sur les plateformes musicales plus haut que lors de leur sortie il y a quarante ans, par exemple Running Up That Hill, de Kate Bush.
Que les 15-25 ans découvrent ce qu’ils n’avaient jamais imaginé écouter, tant les algorithmes bordurent les esprits, mérite d’être salué. On se prend à rêver d’un marché miraculeux, de trésors qui vont ressortir du placard grâce aux séries télé. Calmons un chouia les ardeurs. Le phénomène est ancien. En 1976 – on pourrait remonter bien plus loin –, le film espagnol Cria Cuervos, de Carlos Saura, a fait le succès de la chanson Porque te vas, sortie deux ans plus tôt dans l’indifférence. Dans un genre différent mais au mécanisme similaire, on ne compte plus les sites, villes ou villages ravagés par le surtourisme en raison de leur présence dans des films ou séries télé.
L’histoire de Stranger Things confirme seulement que les musiques populaires – l’art le plus sensible aux évolutions techniques – ne sont plus vraiment découvertes chez un disquaire, dans un journal, à la radio, la télévision, en parlant en famille ou entre copains, mais par des chemins de traverse : dans un film ou une série parfois, sur les réseaux sociaux surtout – TikTok, Instagram, YouTube, où l’écoute est gratuite et cadrée par des algorithmes.
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