Micheal Martin n’est pas un habitué des coups d’éclat. Pourtant, le taoiseach (premier ministre) irlandais et chef de file du parti centriste Fianna Fail depuis 2011, a surpris ses concitoyens en tenant tête à Donald Trump lors de leur entrevue dans le bureau Ovale, le 17 mars. En ce jour de la Saint-Patrick, la fête nationale irlandaise, il a courageusement défendu le premier ministre britannique, Keir Starmer, que le président américain a pris en grippe depuis que ce dernier a osé refuser de rejoindre sa guerre avec Israël contre l’Iran.
« Je tiens à souligner que Keir Starmer a fait beaucoup pour rétablir les relations entre l’Irlande et le Royaume-Uni », a assuré Micheal Martin, juste après que Donald Trump a lâché, sarcastique, que son homologue britannique n’était « pas Winston Churchill ». « Je crois sincèrement que [Keir Starmer] est une personne très sérieuse et raisonnable avec qui vous pouvez vous entendre et avec qui vous vous êtes bien entendu jusqu’à présent », a insisté le dirigeant irlandais.
« Churchill était un grand chef de guerre, mais en Irlande, notre point de vue sur lui diffère », a ajouté M. Martin, faisant allusion au ressentiment des Irlandais à l’encontre de l’ex-premier ministre britannique, qui avait reproché à leur pays d’être resté neutre pendant la seconde guerre mondiale. Donald Trump a-t-il relevé cette subtilité historique ? Probablement pas. Il n’a pas non plus sursauté au spectacle complètement improbable d’un Irlandais prenant le parti d’un Britannique à Washington.
Cette incongruité n’a en revanche échappé à personne à Dublin et à Londres : elle prouve qu’en Irlande comme ailleurs en Europe la dangereuse impulsivité et le mépris pour le droit international du président américain obligent les gouvernements à réviser leurs alliances et à surmonter de séculaires mésententes. Juste avant de s’envoler pour Washington, les 12 et 13 mars, Micheal Martin a ainsi accueilli Keir Starmer pour un sommet bilatéral à Cork, dans le sud de la République d’Irlande, afin d’acter un « esprit de coopération renouvelé », notamment en matière de défense.
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