Les 15 et 22 mars, les 48 communes polynésiennes éliront bien plus qu’un maire : elles choisiront un tavana. Au-delà de ses fonctions administratives et régaliennes, une figure paternelle et protectrice majeure de la vie politique locale. Et pourtant, il n’y avait pas de tavana avant le contact entre les Occidentaux et les Polynésiens, à la fin du XVIIIe siècle. Tavana est même un mot tiré de l’anglais governor, selon l’Académie tahitienne. Parmi les premiers, beaucoup appartenaient à d’anciennes lignées de chefferies ancestrales, les ari’i. Aujourd’hui, certains de ces élus maintiennent le système de dons et de contre-dons qui avait cours dans l’ancienne société polynésienne. Il n’est pas rare, par exemple, de voir un maire embaucher plus d’employés communaux que ne le permet son budget.
« En créant les communes, l’Etat a reproduit l’ancien système de redistribution des ari’i et a favorisé les rapports de clientèles », estime Sémir Al Wardi, professeur de science politique à l’université de la Polynésie française. Ce clientélisme est condamné par la justice, mais pas par les électeurs. En témoigne la fidélité de nombreux Polynésiens à Gaston Flosse, l’élu le plus condamné de la Ve République… mais aussi à la plus grande longévité politique. Premier président polynésien en 1984, il a aussi été secrétaire d’Etat sous le gouvernement de Jacques Chirac, député, sénateur, mais aussi maire de Pirae sans discontinuer de 1965 à 2000, avant de se retirer pour éviter le cumul des mandats.
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