Si les Français aiment leur maire, le poids du local n’a sans doute jamais été aussi faible. Les dernières élections municipales montrent en effet une forme de distance des Français à l’égard de la vie locale.
L’échelon municipal ne semble plus un rempart à la crise de la démocratie. Au terme d’une campagne passée, avant le premier tour, sous les radars médiatiques, seuls 57 % des électeurs se sont déplacés pour élire leur maire.
Sans campagne nationale, l’enjeu de l’élection n’a pas été perçu, notamment par les plus jeunes. Quand ils se sont mobilisés, c’est souvent pour des partis dont le discours était d’abord national. Cela a conduit à fragiliser, voire à défaire, des maires sortants que l’on pensait pourtant implantés. Alors que les personnes âgées lisent la presse quotidienne régionale, écoutent les radios locales et constituent un vote ancré, le local semble très loin pour les jeunes.
Problématiques partisanes nationales
Les moyens de s’informer, notamment par la voie des réseaux sociaux et des chaînes d’information en continu, des vingtenaires, des trentenaires ou des quadragénaires, conduisent à une faible exposition aux problématiques locales. A bien des égards, Téhéran leur apparaît plus proche que Clermont-Ferrand. La surmobilisation de l’entre-deux-tours, dans certaines villes, ne s’est pas faite sur un projet municipal, mais sur le barrage au Rassemblement national (RN) ou aux « insoumis ». On a donc projeté sur le local de problématiques partisanes nationales.
C’est un vrai problème. Le principe de la politique est, au niveau où l’élection a lieu, de voter pour un bilan et un projet. A défaut, la démocratie locale n’a plus de sens, et c’est la commune elle-même, « petite république dans la grande », pour reprendre les mots du républicain Jules Barni [1818-1878], qui est affaiblie. On peut bien sûr reprocher beaucoup de choses, à juste titre, aux élus et à la mauvaise organisation de la décentralisation, mais il faudrait sortir d’une vision irénique qui ferait de la majorité des citoyens les victimes d’une classe politique médiocre et déconnectée.
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