L’armée syrienne et les forces kurdes ont fait état, dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 janvier, de nouveaux affrontements à l’est d’Alep. Damas veut prendre le contrôle de cette zone après s’être déjà assuré celui de la grande ville du nord de la Syrie.
Selon une source militaire citée par l’agence officielle SANA, les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, « visent des positions de l’armée et des maisons civiles près du village de Humeima, à l’est d’Alep, avec des mitrailleuses lourdes et des drones, et l’armée répond ».
Les FDS ont pour leur part dit avoir repoussé une « tentative d’infiltration » au niveau du village de Zubayda, un peu plus au sud, et ont par ailleurs fait état de frappes de drones de la part de l’armée qui ont fait « plusieurs blessés ».
L’armée a exigé, mardi, que les forces kurdes qui contrôlent l’est d’Alep « se retirent vers l’est de l’Euphrate », le fleuve qui coule dans le nord de la Syrie. Elle a publié une carte précisant la région qui doit être évacuée et prévenu qu’elle serait considérée comme « une zone militaire fermée ».
Un correspondant de l’Agence France-Presse (AFP) a vu, mardi, des batteries de défense anti-aérienne et de l’artillerie de l’armée syrienne acheminées vers le front de Deir Hafer, face aux positions des FDS. Celles-ci ont, par la suite, accusé les forces gouvernementales d’avoir bombardé Deir Hafer, un secteur où se trouvent les localités de Humeima et de Zubayda.
Mardi, la responsable des relations extérieures de l’administration autonome kurde, Elham Ahmed, avait accusé l’armée syrienne de préparer « une attaque à grande échelle » contre les Kurdes. Selon elle, les autorités syriennes ont « déclaré la guerre » et ont « rompu l’accord du 10 mars » 2025, visant à une intégration négociée des institutions civiles et militaires kurdes au sein de l’Etat syrien.
Des portraits d’Al-Charaa brûlés
Ces négociations sont dans l’impasse alors que l’administration islamiste du président Ahmed Al-Charaa, au pouvoir à Damas, cherche à reconquérir toute la région d’Alep. Dimanche, l’armée a pris le contrôle de l’ensemble de la ville après avoir délogé les combattants kurdes de deux quartiers qu’ils contrôlaient, Cheikh-Maqsoud et Achrafieh.
Les Kurdes avaient profité du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s’emparer de vastes territoires du nord et du nord-est du pays, notamment après avoir défait le groupe djihadiste Etat islamique avec l’appui d’une coalition multinationale.
Mardi, dans la ville kurde de Kamechliyé (nord-est), des milliers de manifestants ont dénoncé les combats, scandant « Al-Joulani, dégage ! », l’ancien nom de guerre d’Ahmed Al-Charaa, un ex-djihadiste dont ils ont brûlé des portraits, selon des correspondants de l’AFP. « Ce gouvernement n’a pas honoré ses engagements à l’égard d’aucun Syrien (…) Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, le sang coule, comme les massacres d’Alaouites et de Druzes », a affirmé Joudi Ali, un propriétaire de café de 29 ans.
Alors que le pouvoir syrien s’est officiellement engagé à protéger les minorités, des massacres d’Alaouites ont eu lieu sur la côte en mars 2025 et des combats avec les Druzes dans le Sud en juillet, avant ceux contre les Kurdes ces dernières semaines.
Les combats d’Alep, les plus graves entre le pouvoir syrien et les Kurdes, ont fait 105 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), dont 45 civils et 60 combattants des deux bords. Le responsable des opérations de la défense civile à Alep, Fayçal Mohammad, a affirmé à l’AFP mardi que « cinquante corps » avaient été retirés des décombres par les secouristes dans les deux quartiers kurdes après la fin des combats, sans préciser s’il s’agissait de civils ou de combattants.











