Souvent accusés d’indifférence civique, de paresse démocratique, de désengagement générationnel et d’une propension à l’abstention, les jeunes sont rendus coupables de tous les maux de la vie politique. On oublie simplement de dire une chose essentielle : on ne leur donne presque jamais de place pour être élus.
A l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars, nombre d’entre eux vont pourtant tracter, coller des affiches, animer des réseaux sociaux, motiver des électeurs, faire vivre des listes. Très peu seront en position éligible. Cependant, la représentation des jeunes dans les mandats locaux est actuellement faible, avec seulement 4,7 % des élus locaux en France qui ont moins de 35 ans, contre environ 12 % il y a vingt ans.
Alors que la majorité des listes se dévoilent, les jeunes candidats sont régulièrement relégués en bas de liste dans la plupart des communes, cantonnés aux rôles de suppléants ou utilisés comme caution de renouvellement. On leur demande de représenter la jeunesse, de la faire voter, d’animer des campagnes, mais on leur refuse l’action au sein des instances décisionnelles.
Dans le même temps, on s’inquiète de l’abstention massive des moins de 30 ans. On s’étonne qu’ils ne se sentent pas concernés. Mais comment leur reprocher de déserter un système qui ne leur donne pas les clés pour agir ?
L’excuse parfaite
La vérité est inconfortable pour tous les partis politiques. Le problème n’est pas seulement que les jeunes votent peu. C’est qu’on ne leur donne aucune raison concrète de croire que leur voix compte. Bien sûr, tout n’est pas la faute des appareils politiques. Oui, certains jeunes se désintéressent de la chose publique. Oui, l’engagement demande du temps, de l’énergie, des sacrifices. Oui, parfois, la politique dégoûte. Mais on ne saurait reprocher à une génération de ne pas croire à un jeu dont elle ne voit jamais les règles changer en sa faveur.
Les jeunes ne sont pas un quota. Ils sont une compétence politique. Ils portent des enjeux que beaucoup d’élus découvrent trop tard : logement inaccessible, précarité étudiante, urgence climatique, mobilités, participation citoyenne, rapport au travail, santé mentale… Leur maîtrise des outils, des usages, des codes transforme déjà la vie municipale. Les écarter des responsabilités n’est pas seulement injuste, c’est contre-productif.
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