Rejetant la thèse du tir accidentel défendue par l’accusé, la cour criminelle de Loire-Atlantique a condamné, vendredi 16 janvier, un policier à sept ans de prison ferme pour avoir tiré sur Aboubacar Fofana, 22 ans, lors d’un contrôle à Nantes, en 2018. La cour, allant bien au-delà des réquisitions du ministère public, a assorti la peine d’un mandat de dépôt, synonyme d’une incarcération immédiate.
Laurent-Franck Liénard, avocat de la défense, a aussitôt annoncé faire appel de la décision. « C’est totalement inhumain. Je n’ai même pas les mots », a-t-il déclaré devant la presse après le verdict.
« On a le sentiment que la justice est passée. On a le sentiment d’avoir été entendus et on a le sentiment que la justice a répondu à la hauteur de la gravité des faits », a déclaré, de son côté, à l’Agence France-Presse (AFP) Anne Bouillon, avocate de la famille de la victime, partie civile au procès. Dans la matinée, elle s’était adressée à l’ancien policier, aujourd’hui à la retraite : « Je crois que vous avez manqué de courage. C’est cela qui vous empêche de reconnaître que l’espace d’un instant, vous avez fait volontairement usage de votre arme. »
L’avocat général, écartant lui aussi la thèse de l’accident, avait réclamé dans la matinée une peine de quatre ans de prison dont deux avec sursis.
« Bavure »
Après avoir évoqué la légitime défense lors de sa première audition, le policier avait affirmé tout au long de l’enquête que le tir était parti accidentellement alors qu’il était penché dans la voiture de M. Fofana, tentant de l’arrêter. Il a finalement déclaré mercredi que le tir était parti après ce « corps-à-corps » alors qu’il se tenait à l’extérieur du véhicule. L’expert balistique et le médecin légiste se sont toujours accordés sur le fait que le tireur se trouvait à l’extérieur.
Lors de sa plaidoirie, Me Bouillon a remercié un fonctionnaire de police entendu jeudi, présent au moment des faits, qui a évoqué pour la première fois la « bavure » de son collègue, aujourd’hui à la retraite.
Alors brigadier-chef membre d’une compagnie républicaine de sécurité (CRS), le policier était jugé pour des violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner lors d’un contrôle dans le quartier nantais du Breil en juillet 2018.
Au volant d’une voiture, Aboubacar Fofana, qui se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt, donne une fausse identité. Lorsque les policiers lui font savoir qu’ils vont le conduire au commissariat, le jeune homme fuit en marche arrière, percutant un véhicule garé avant de « rebondir » vers l’avant, puis de repartir en arrière. Tous les témoins ne s’accordent pas sur le moment précis du tir. Touché par balle au cou, le jeune homme est mort à l’hôpital.
L’ancien policier, jusque-là « épanoui » dans un métier qu’il a qualifié lors du procès de « vocation », avait reçu, quelques mois après les faits, une sanction administrative. Avocat de la partie civile, Me Franck Boezec avait demandé vendredi à la cour de « respecter le principe d’égalité » en jugeant l’ancien policier. « Il n’y a pas d’un côté les privilégiés de la justice et de l’autre les citoyens de seconde zone », a-t-il plaidé.
En 2018, la mort d’Aboubacar Fofana, originaire de région parisienne et en visite à Nantes, avait provoqué plusieurs nuits de tension dans les quartiers du Breil et de Bellevue ainsi qu’à Orvault et Rezé, communes limitrophes de Nantes.













