L’Espagne fait-elle figure d’exception ? Alors que l’Union européenne prépare une refonte de sa directive « retour » visant à accélérer l’expulsion des étrangers sans papiers, que les travaillistes britanniques empruntent un tournant anti-immigration, à l’image des sociaux-démocrates danois, que la France réduit à peau de chagrin les rares canaux de régularisation, que les Etats-Unis de Donald Trump multiplient les arrestations massives d’immigrés, l’Espagne choisit une tout autre trajectoire. Le 27 janvier, le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez a annoncé l’ouverture d’une procédure de régularisation « exceptionnelle », prévue entre avril et juin, censée bénéficier à environ 500 000 personnes.
« Voici pourquoi l’Occident a besoin de migrants », a plaidé le premier ministre espagnol, dans une tribune au New York Time, parue le 4 février. Dans ce texte, il décrit les travailleurs sans papiers comme « essentiels à la vie quotidienne de chacun ». « Certains dirigeants ont choisi de les traquer et de les expulser par des opérations illégales et cruelles », dit-il. Son gouvernement, en revanche, a « opté pour une autre voie », pour des raisons d’« ordre moral », mais aussi « pragmatiques » : « L’Occident a besoin de population. » Face aux « dirigeants proches du mouvement MAGA » qui jugent la mesure « suicidaire », Pedro Sanchez lance un avertissement : « Ne vous laissez pas berner. L’Espagne est en plein essor. »
En ce début de mars, dans le quartier cosmopolite de Vallecas, dans le sud-est de Madrid, le local du Distrito de Abogados (« quartier des avocats ») ne désemplit pas. Chaque jour, des personnes viennent se renseigner sur la procédure annoncée. Sur la vitrine, une grande affiche les invite : « Régularisation massive en Espagne. Viens t’informer sans engagement. »
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