Bien qu’ayant fait l’objet de nombreuses rétrospectives et rééditions depuis les années 1990, l’œuvre de Seijun Suzuki (1923-2017), le plus grand pirate du cinéma japonais, peine à imprimer la conscience collective. C’est un mystère que l’on ne s’explique pas, tant ses films, excessifs et sophistiqués, suscitent à la fois plaisir et sidération. Entré à la Nikkatsu en 1956, il tourne des séries B commerciales à bas coût, au rythme de quatre ou cinq par an, au sein des genres populaires, plus particulièrement des films de yakuzas. Mais, entre 1963 et 1967, il se déchaîne, se frotte à toutes sortes d’expériences formelles et scénographiques.
Suzuki invente alors une sorte de cinéma pop, chronique de la racaille chamarrée et jazzy, qui s’attire les faveurs de la jeunesse. Mais aussi les foudres du studio, qui congédiera le trublion sur la foi de La Marque du tueur (1967), jugé incompréhensible, après une folle décennie d’activité et une quarantaine de films au compteur. Parmi les signataires d’une pétition pour le défendre, on trouvera ses cadets de la nouvelle vague (Nagisa Oshima, Kiju Yoshida), qui s’étaient reconnus dans sa furie anarchisante.
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