En tuant Olivio Gomes au volant de sa voiture, le 17 octobre 2020, le gardien de la paix Gilles G. a-t-il commis un meurtre, ou bien agi en légitime défense ? C’est la question à laquelle devront répondre les jurés populaires de la cour d’assises de Versailles (Yvelines), qui se réunissent à compter de vendredi 20 mars pour un procès rare. Au cours du demi-siècle écoulé, selon un recensement du Monde, seuls un policier, en 1999, et un gendarme, en 2023, ont été condamnés pour un homicide volontaire commis dans l’exercice de leurs fonctions.
Dans son ordonnance de mise en accusation, consultée par Le Monde, la juge d’instruction chargée de l’affaire expose ce qui constituera le cœur des débats : « Si [Gilles G.] reconnaît être l’auteur des coups de feu ayant entraîné le décès de Monsieur Olivio Gomes, il conteste toute intention homicide, indiquant avoir tiré pour protéger sa vie. »
Le soir du 16 octobre 2020, Olivio Gomes se rend à Paris en voiture avec des amis. Aux alentours de 2 heures du matin, ils prennent le chemin du retour, direction Poissy (Yvelines), où ils habitent. Sur le boulevard périphérique, leur Clio double une Passat noire, portant l’inscription « Police ». A l’intérieur, trois agents de la brigade anticriminalité de nuit de Paris (BAC 75N), qui décident de suivre discrètement, gyrophare éteint, la voiture qui vient de les dépasser.
Pour quelle raison ? Lors des premières auditions menées par l’inspection générale de la police nationale (IGPN), le chef de bord affirmait vouloir procéder à un contrôle, car la « Clio les dépassait à vive allure sur la gauche, faisant des embardées entre les voies au milieu d’une circulation importante, sans activer ses clignotants ». Sur les images de vidéosurveillance, les enquêteurs de l’IGPN observent tout autre chose : « Aucun “zig-zag” ou “embardée” », le « clignotant [activé] à chaque changement de direction », le tout au milieu d’une circulation « fluide » et sans vitesse excessive.
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