Dans le domaine de la lutte contre la désinformation, les élections municipales des 15 et 22 mars représentent une répétition grandeur nature pour les services de l’Etat avant l’élection présidentielle de 2027. Depuis plusieurs années, l’Etat se prépare à cette échéance, notamment via le renforcement du ministère de l’Europe et des affaires étrangères et le service Viginum, chargé de traiter les ingérences numériques au sein du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. L’Europe s’est également dotée d’un arsenal législatif ambitieux, le Digital Services Act (DSA), en partie transposé en droit français via la loi visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique du mois de mai 2024, qui permet notamment d’atténuer le risque de la désinformation et de demander la transparence et la responsabilité des plateformes.
Malgré ces avancées, un angle mort de la lutte contre la désinformation persiste : le rôle des plateformes de messagerie dites « privées ». Manipulation massive lors des élections municipales au Brésil en 2024, tentatives de déstabilisation économique au Liban, propagande russe en Ukraine, ont toutes eu lieu sur les grandes plateformes de messagerie privée comme WhatsApp ou Telegram.
Au Forum sur l’information et la démocratie, nous avons examiné les raisons pour lesquelles cet écart persiste et proposé une nouvelle approche pour réguler les plateformes de messagerie privée. Ces conclusions sont l’aboutissement d’un processus d’un an coprésidé par les gouvernements luxembourgeois et ukrainien et soutenu par le Stern Center for Business and Human Rights de l’université de New York, qui a réuni des autorités publiques, des organisations de la société civile et des chercheurs.
Le problème ne réside pas dans une réglementation insuffisante, mais dans le fait que de nombreux cadres de gouvernance reposent sur une distinction entre communications « publiques » et « privées » qui ne reflète plus la manière dont les plateformes de messagerie fonctionnent dans la pratique.
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