« Je n’étonnerai personne en disant que l’on a vraisemblablement devant nous une décennie de redressement des comptes, sauf si, par malheur, on doit de nouveau fortement réagir à une nouvelle crise. » La dernière intervention publique de Mélanie Joder comme directrice du budget dit tout de l’ampleur des chantiers qui attendent son successeur, Paul Bérard, à la tête des services de Bercy chargés d’élaborer et de mettre en œuvre le budget, dans un contexte financier toujours fortement dégradé et dans un environnement géopolitique particulièrement sensible.
« Quelles stratégies des finances publiques en temps de crises ? » : tel était en effet le thème du colloque auquel participait la haut fonctionnaire, lundi 23 mars, à Paris. Un événement organisé par la Fondation internationale de finances publiques (Fondafip) et l’Institut national du service public (INSP). Il revêtait une résonance d’autant plus particulière depuis le début de la guerre en Iran, ses répercussions économiques en cours et à venir et ses conséquences budgétaires potentielles, en raison des mesures qui pourraient être mises en place face à la flambée des prix du pétrole.
Le pilotage des finances publiques en période de crise est déjà bel et bien devenu le quotidien de l’Etat depuis plusieurs années, que ce soit en réponse à la crise du Covid-19 en 2020-2021 ou de la crise énergétique qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Et, au vu de la situation au Moyen-Orient, la mise sous pression de l’appareil étatique n’est pas près de s’atténuer, a souligné lors de ce colloque Jean-Marie Monnier, professeur émérite à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne : « La stratégie financière publique doit aujourd’hui intégrer la récurrence des crises comme perspective inéluctable et comme élément fondamental. » Reste que, quelles que soient les crises, celles-ci « ont généralement un effet délétère sur les finances publiques », a-t-il abondé. « Elles provoquent toutes à plus ou moins brève échéance une déstabilisation des finances publiques qui, si elle n’est pas maîtrisée, induit à son tour une crise des finances publiques elle-même », a prévenu M. Monnier.
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