En 1930, une usine ferme dans une petite ville d’Autriche, Marienthal. Des sociologues décident d’y mener une enquête pionnière, en interrogeant les citoyens sur leur vie sans emploi. Leur étude mettra en lumière qu’ils ont alors « perdu beaucoup plus que leurs revenus, résume aujourd’hui Dominique Méda, professeure de sociologie à l’université Paris Dauphine-PSL et chroniqueuse au Monde. Ont disparu leur estime de soi, leur capacité de faire des projets, leurs collègues, leurs relations sociales (…) mais aussi le sens même du temps ».
Pourquoi travaillons-nous ? La question est au cœur du dernier ouvrage de Mme Méda, Le Travail (Autrement, 240 pages, 20 euros). Un livre au fil duquel l’universitaire mobilise analyses philosophiques, historiques et sociologiques, convoque Aristote, Karl Marx et Simone Weil, s’appuie aussi sur son expérience personnelle, pour décrypter le rapport complexe que les populations entretiennent avec le travail.
Car s’il garde une place essentielle dans la vie des citoyens, si « les attentes des jeunes Français [à son égard] sont immenses », et si la perte d’emploi constitue une épreuve particulièrement centrale, le travail peut devenir, dans le même temps, une source de souffrance, notamment sur le plan psychique. Trente-sept pour-cent des salariés déclaraient, en 2019, qu’ils ne se sentaient pas capables de tenir dans leur travail jusqu’à la retraite, selon une étude du ministère du travail.
« Améliorer le salariat »
C’est la question de la dégradation récente des conditions de travail qui est posée ici, une problématique qui occupe une place centrale dans l’essai de Mme Méda. Les raisons sont multiples, de la « multiplication des boulots sans qualité » à l’« augmentation des pressions à la rentabilité », en passant par une « conception très hiérarchique de l’entreprise ». Cela explique, pour partie, la perte de sens exprimée par de nombreux travailleurs et en particulier la « désillusion des jeunes à l’endroit du monde du travail, (…) [dont les conditions d’exercice apparaissent] encore plus mauvaises que celles de leurs aînés ». Une situation des plus préoccupantes, alarme Mme Méda, qui déplore l’ampleur du « déni de la classe dirigeante française sur cette question » des conditions de travail.
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