Le 24 février, le Pentagone a fixé un ultimatum à Anthropic pour que l’entreprise lève toutes les restrictions qui empêchent certains usages de son modèle d’intelligence artificielle (IA), Claude. Le secrétaire à la défense américain, Pete Hegseth, a même menacé d’utiliser une loi de 1950, le Defense Production Act, afin de forcer l’entreprise à fournir ses services à la défense nationale. Le 27 février, par la voix de son président-directeur général, Dario Amodei, Anthropic a refusé. Dans le communiqué, Dario Amodei précise que l’entreprise accepte de travailler avec les autorités américaines, sauf dans deux cas précis : la surveillance intérieure de masse et les armes complètement autonomes. Cette opposition s’inscrit dans la longue histoire des relations entre public et privé dans le champ sécuritaire et militaire.
Après le 11 septembre 2001, le Patriot Act a installé une extension durable des capacités de surveillance. En 2016, après la tuerie de San Bernardino, l’opposition entre Apple et le FBI sur le déverrouillage d’iPhone a révélé une autre ligne de fracture. L’affaire Anthropic prolonge cette histoire, avec un saut d’échelle inédit. Avec l’IA générative, nous ne parlons plus seulement d’accès à des données, mais de capacités d’analyse, de tri, de prédiction et de décision beaucoup plus larges.
Ce continuum révèle une dynamique de fond : l’émergence d’un partenariat public-privé militaire, où les capacités technologiques critiques sont conçues, détenues et opérées en partie par des acteurs privés, tandis que les acteurs gouvernementaux cherchent à en faire l’usage le plus extensif possible en dehors des garanties traditionnelles de l’Etat de droit.
Diluer la responsabilité politique
Si tous les régimes de pouvoir ont mis en œuvre des techniques de surveillance à des échelles diverses, ces politiques se heurtaient à des limites physiques et technologiques. Les avancées en matière d’IA permettent désormais une surveillance à grande échelle. Ces changements ont étendu le concept de panoptisme, cher à Michel Foucault, à un cadre numérique, où le contrôle est moins visible, mais désormais omniprésent.
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