Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine, la Russie est face à un dilemme : continuer de recruter chaque mois entre 30 000 et 35 000 hommes pour compenser les pertes sur le front, mais sans aller jusqu’à déclarer la mobilisation générale, susceptible de semer la panique, comme ce fut le cas lors de la mobilisation partielle de l’automne 2022. Le Kremlin peine à attirer suffisamment de volontaires, malgré l’appât de primes élevées et la promesse d’ascenseur social pour toute la famille des engagés. Ces derniers mois, les campagnes de recrutement se doublent de pratiques en tout genre qui s’apparentent de plus en plus à des enrôlements forcés.
« En Russie, on peut vivre loin de la guerre, plongé dans son quotidien, en pleine apathie. Avec, en bruit de fond, les reportages en boucle des télévisions du Kremlin sur nos “héros”. Seul vrai retour à la réalité de la guerre : les recrutements d’hommes », témoigne Iouri, 42 ans, joint par messagerie. Père de famille à Iekaterinbourg, dans l’Oural, il préfère rester anonyme. Par précaution : parallèlement à l’offensive militaire en Ukraine, la répression policière s’est intensifiée en Russie contre une prétendue « cinquième colonne ». Comme d’autres hommes critiques du Kremlin et opposés « à cette guerre qui n’est pas la nôtre », Iouri redoute que lui et ses fils, encore étudiants, finissent par être envoyés au front.
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