Le monde va mal. Tous les signes de l’Apocalypse sont là. Iniquité sociale. Effondrement de la planète et du vivant. Guerres à outrance. Coalition des méchants. Antéchrist à tous les coins de rue. Selon les croyances millénaristes, quelqu’un devrait venir ou revenir, c’est selon, régler le problème définitivement. Constatons que personne ne se pointe à l’horizon. L’humanité reste seule avec elle-même, et se connaissant comme elle se connaît, poursuit tranquillement sa chute sans donner très cher de sa peau. Fin de l’histoire.
Là-dessus, comme il en va ordinairement, le cinéma – qui pour une raison aussi obscure que les salles où il sévit se pense en art thaumaturge – tient à dire son mot. La question de la survie l’occupe donc comme jamais, ainsi que le prouve encore, mercredi 18 mars, la sortie de Projet dernière chance, film américain de Phil Lord et Christopher Miller, qui envoie Ryan Gosling dans l’espace pour une mission de sauvetage in extremis de l’humanité.
En vérité, il ne se passe plus un mois sans que le motif de notre disparition, plus largement de l’épuisement du vivant, ne vienne hanter les écrans. L’occasion de constater qu’à l’instar des rivières, le sujet déborde désormais largement du lit des genres consacrés – films de survie et autres œuvres postapocalyptiques.
Le bilan n’est toutefois pas si nouveau, on le faisait déjà, quasiment mot pour mot, il y a dix ans (« Culture de la survie, survie de la culture », Le Monde du 3 décembre 2015), notamment sous l’impulsion de la vague de fond Titanic (James Cameron, 1997), d’un dessin animé d’une géniale mélancolie (Wall. E, Andrew Stanton, 2008) et de quelques fascinantes dérives stellaires – Gravity (Alfonso Cuaron, 2013), Interstellar (Christopher Nolan, 2014), Seul sur Mars (Ridley Scott, 2015).
Adapté d’un roman d’Andy Weir, ce qui était déjà le cas de Seul sur Mars, Projet dernière chance met en scène un virus de l’espace – manière de SARS exogène – en passe d’infecter tout le Système solaire et d’éteindre toutes ses planètes. Envoyé vers Vénus sans espoir de retour, Ryan Gosling, entre post-beatnik et Jésus-Christ, fait en chemin la rencontre d’un E.T. qui ressemble à une araignée sans tête en carton-pâte, lequel a, lui aussi, quitté sa planète. L’improbable collaboration entre les deux créatures fait du film un épisode cosmique du « Muppet Show ».
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