Si les goûts et les couleurs ne se discutent pas, les manœuvres politiques et les tactiques de communication, elles, méritent d’être méticuleusement décortiquées. Tentons ainsi de comprendre pourquoi la dénommée Sarah Knafo, eurodéputée d’extrême droite jusque-là peu adepte de la couleur, s’affiche, depuis l’annonce de sa candidature à la Mairie de Paris, dans des vêtements d’un jaune si pétant que l’appellation « poussin » ne lui fait pas tout à fait justice.
Il va sans dire que cette stratégie de la couleur, calquée sur celle de l’écologiste Marine Tondelier, passée au vert en 2024, s’inscrit dans une quête de visibilité. Mais le choix du jaune interroge forcément. L’observation des images récentes de la taulière du parti Reconquête ! obligeant à exclure l’hypothèse d’une décision fondée sur des raisons esthétiques, il convient de se rendre à l’évidence : ici, il est question de symbole.
A la faveur de la lecture de l’ouvrage Jaune. Histoire d’une couleur (Seuil, 2019), de Michel Pastoureau, on apprend que cette teinte pâtit depuis le Moyen Age d’une image déplorable, née en partie de son manque d’éclat en comparaison de l’or et de la difficulté à la représenter proprement en peinture. Connotée négativement de longue date, elle est ainsi devenue, au fil des siècles, la couleur du mensonge, de l’hypocrisie et de la trahison, conjugale notamment.
Sans surprise, le jaune est donc, selon les études menées dans l’Hexagone depuis des décennies, la nuance la moins populaire de la palette de base, loin derrière, dans cet ordre, le bleu, le vert, le rouge, le noir et le blanc. Conséquence logique, si le bleu s’est imposé au fil du temps comme la couleur des conservateurs, le rouge des communistes, le rose des socialistes et le vert des écologistes, le jaune n’a, historiquement, en France, jamais incarné le moindre mouvement politique d’envergure.
Au bout du compte, faut-il déduire de son parti pris chromatique que Sarah Knafo ambitionne de jouer la carte de l’anti-establishment, loin des partis traditionnels, mais au plus près de mouvements spontanés récents comme celui des « gilets jaunes » ou des « bonnets jaunes » ? Ou bien faut-il privilégier l’hypothèse selon laquelle le mensonge, l’hypocrisie et la trahison généralement associés au jaune ne la rebutent guère ? Evidemment, chacun jugera.
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