« Philosopher mode d’emploi. Les 5 structures élémentaires de la philosophie », de Guillaume Pigeard de Gurbert, éd. Armand Colin, « Des mots pour penser », 304 p., 22,90 €, numérique 15 €.
COMMENT PRENDRE LE RISQUE DE PHILOSOPHER
Les musées d’idées ne suffiront jamais. On aura beau exhumer, explorer, admirer toutes les doctrines passées que l’on voudra, ce n’est pas ainsi, en déambulant de salle en salle, qu’on accédera à la philosophie. Parce qu’elle consiste uniquement en une expérience intime, que personne ne peut vivre à la place d’un autre. Expérience de quoi ? Conduite selon quelles règles ? Débouchant sur quels résultats ? Ces interrogations n’ont cessé de tarauder quantité de passeurs, professionnels ou amateurs. Ils ont multiplié modes d’emploi et conseils pour permettre à chacun de pratiquer cette activité truffée de paradoxes – simplissime et difficile, attirante et répulsive, grave et gaie.
Professeur agrégé, enseignant depuis plus de trente ans, auteur déjà d’une dizaine d’ouvrages, Guillaume Pigeard de Gurbert a forgé à l’usage de ses élèves, et de toutes les personnes qui voudront s’en servir, une boîte à outils intelligente et sensible, destinée à philosopher par soi-même pour de bon. Sa méthode, claire et pratique, consiste à repérer et à faire fonctionner des « structures élémentaires » au sein de toute méditation. Presque partout, en effet, il s’avère possible de mettre en marche un jeu d’oppositions entre « étrange » et « familier », « passif » et « actif », « un » et « multiple », « être » et « temps », « sens » et « non-sens ». Le processus de réflexion peut alors s’enclencher, approfondissant les tensions instaurées par ces cinq couples d’opposés.
Bien entendu, on peut douter qu’il y ait exactement cinq structures de ce type, et non trois, ou six, ou beaucoup plus, ou un peu moins. En fait, cela n’a que peu d’importance. Car, loin d’imposer une grille rigide, ce mode d’emploi propose avant tout une impulsion. Ce qui fait exister et avancer la philosophie, explique l’auteur, c’est de s’exposer résolument au risque de l’impensable. A la différence d’autres disciplines, elle se préoccupe essentiellement de ce qui risque de mettre la pensée en échec. Ce souci d’une menace, d’un impossible dehors, d’un monde incompréhensible viendrait-il à disparaître, le moteur de la philosophie s’arrêterait.
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