Denise Scott Brown. Ce nom qui trône aujourd’hui sur le fronton du Musée des beaux-arts de Bilbao ne dira peut-être pas grand-chose au lecteur non averti. C’est pourtant celui d’une femme qui, à l’aube des années 1970, a révolutionné l’architecture du XXe siècle. A une époque où la doxa du mouvement moderne régnait sans partage, tuant dans l’œuf la moindre velléité de penser autrement qu’en termes de table rase, d’angles droits, de zones d’activités strictement isolées, elle a littéralement renversé la table en allant chercher à Las Vegas (Nevada) un contre-modèle radical, capable de réenchanter la ville et de réconcilier le peuple avec l’architecture.
Avec ses étudiants de Yale (Connecticut) et son collègue, l’architecte et théoricien Robert Venturi (1925-2018), Denise Scott Brown a inventorié, photos à l’appui, l’ensemble des bâtiments qui s’alignent de part et d’autre de la langue de bitume coulée en plein désert que l’on appelle le strip. Ces casinos aux allures de palaces Disney, ces hôtels aux noms exotiques, ces drive-in, ces églises, ces stations-service dont les enseignes bariolées de néons et de figurines kitsch jouaient des coudes pour surnager dans le chaos visuel de cette anti-ville n’étaient pas seulement aux antipodes des canons du modernisme : ils n’entraient même pas dans le champ de ce que l’on appelait « architecture ».
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