L’opposant russe Alexeï Navalny, mort en février 2024 dans des circonstances troubles dans une prison russe, a été « empoisonné » avec une « toxine rare » par le régime du Kremlin, selon une enquête menée par cinq pays, dont la France, dévoilée samedi 14 février par Londres.
« Nous savons désormais que l’Etat russe a utilisé cette toxine létale pour cibler [Alexeï] Navalny par crainte de son opposition », a déclaré le ministère des affaires étrangères britannique, dans un communiqué, aux côtés de la Suède, de la France, des Pays-Bas et de l’Allemagne, à l’approche du deuxième anniversaire de la mort du charismatique militant anticorruption.
Londres annonce, en outre, qu’il va signaler l’empoisonnement à l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), « en tant que violation flagrante par la Russie » de sa convention et appelle Moscou « à cesser immédiatement cette activité dangereuse ».
Le Foreign Office explique qu’un « travail constant et collaboratif a confirmé, par des analyses de laboratoire, que la toxine mortelle présente dans la peau des grenouilles-dards d’Equateur, l’épibatidine, a été retrouvée dans des échantillons prélevés sur le corps d’Alexeï Navalny ». Ils ajoutent que cette toxine a « très probablement entraîné sa mort ».
Ces nouvelles conclusions viennent confirmer la thèse défendue par la veuve de l’opposant, Ioulia Navalnaïa, qui avait affirmé, en septembre, que son mari avait été « empoisonné ». Son « assassinat » est désormais « prouvé par la science », a-t-elle réagi.
Ennemi numéro un
« Seul le gouvernement russe avait les moyens, le mobile et l’occasion d’utiliser cette toxine létale contre Alexeï Navalny durant son emprisonnement en Russie », a déclaré la ministre des affaires étrangères britannique, Yvette Cooper, citée dans le communiqué. « Aujourd’hui, aux côtés de sa veuve, le Royaume-Uni met en lumière le projet barbare du Kremlin visant à faire taire sa voix. »
Le premier ministre britannique, Keir Starmer, a salué l’« immense courage » dont a fait preuve l’opposant russe « face à la tyrannie » du Kremlin. « Mes pensées vont aujourd’hui à sa famille », a écrit le dirigeant travailliste sur le réseau social X, ajoutant qu’il faisait tout pour « défendre notre peuple, nos valeurs et notre mode de vie contre la menace que représentent la Russie et les visées meurtrières de [Vladimir] Poutine ».
« Nous savons désormais que Vladimir Poutine est prêt à utiliser l’arme bactériologique contre son propre peuple pour se maintenir au pouvoir », a réagi le ministre des affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, ajoutant que la France « rend hommage à cette figure de l’opposition, tuée pour son combat en faveur d’une Russie libre et démocratique ».
Ennemi numéro un du président russe, Vladimir Poutine, Alexeï Navalny est mort le 16 février 2024, à 47 ans. Il purgeait une peine de dix-neuf ans de prison pour extrémisme dans une prison de l’Arctique. Il avait été arrêté en janvier 2021 à son retour en Russie après une convalescence en Allemagne pour un empoisonnement qu’il imputait au Kremlin.
Après sa mort, les autorités avaient refusé pendant plusieurs jours de remettre le corps à ses proches, ce qui a éveillé les soupçons de ses partisans, qui accusent le pouvoir de l’avoir « tué » et de chercher à maquiller son meurtre. Des accusations démenties par le Kremlin.







