Depuis que le Royaume-Uni a effectivement quitté l’Union européenne (UE), le 31 janvier 2020, les politiques britanniques ont tous évité, autant que possible, de remettre le sujet du Brexit sur la table. Les électeurs étaient lassés des divisions engendrées par le référendum de juin 2016 sur la sortie de l’Europe et de l’interminable négociation avec Bruxelles l’ayant suivi. Le très prudent Keir Starmer, chef de file plutôt pro-européen du Labour, abordait peu ce divorce, tétanisé à l’idée de contrarier les brexiters issus des classes populaires dont il convoitait les votes pour faire gagner son parti, ce qu’il a réussi, lors des élections législatives de 2024.
Les conservateurs n’osaient plus se prévaloir du Brexit après les mandats chaotiques des europhobes Boris Johnson et Liz Truss et leur incapacité à en tirer un bénéfice tangible pour leurs concitoyens. Même Nigel Farage, le chef de file du parti d’extrême droite Reform UK, père spirituel du Brexit, semblait s’en être désintéressé, ayant substitué les immigrés à l’UE comme bouc émissaire.
Car si la catastrophe économique annoncée par les opposants au Brexit n’a pas eu lieu, les prévisions de l’autorité britannique indépendante chargée des prévisions budgétaires de 2020 font toujours consensus. Elles estimaient que le divorce avec l’UE se traduirait à long terme par une réduction de 15 % en volume des échanges du Royaume-Uni avec le reste du monde et à une perte de productivité de 4 %. Depuis le Brexit, le Royaume-Uni peut certes signer ses propres accords de libre-échange et il est parvenu, avant l’UE, à trouver un terrain d’entente sur ses taxes à l’exportation avec les Etats-Unis. Mais ces gains commerciaux sont modestes.
Alignement réglementaire
Depuis trois ans, les sondages indiquent avec constance que le Brexit est devenu impopulaire. En juin 2025, 56 % des Britanniques estimaient que leur pays n’aurait pas dû quitter l’UE, selon l’institut YouGov. En septembre 2025, 62 % des personnes sondées trouvaient que le Brexit était un échec. Dans ce contexte, le premier ministre, Keir Starmer, jusqu’alors timide et peu visionnaire, a changé de tactique à l’automne. S’il continue de limiter sa volonté de rapprochement avec l’UE à un alignement réglementaire, il a enfin osé dénoncer clairement les mensonges proférés par les partisans du Brexit pendant la campagne du référendum de 2016, selon lesquels ce dernier allait rapporter 350 millions de livres sterling (près de 286 millions d’euros de l’époque) par semaine au système de santé public et stopper la migration.
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