Il ne se passe pas une semaine sans que Marine Le Pen et Jordan Bardella se contredisent allègrement devant les électeurs sans prendre le moindre gant. A Budapest, lundi 23 mars, la présidente du groupe des députés du Rassemblement national (RN) a réaffirmé la ligne qui est la sienne depuis qu’elle s’est approprié le parti de son père en 2011. « Il ne faut pas ouvrir à droite, il faut ouvrir à tous les Français », a-t-elle asséné, au lendemain d’élections municipales en demi-teinte pour son parti. Ce faisant, elle s’est voulue fidèle au « ni gauche ni droite » qu’elle défend avec constance depuis quinze ans en se présentant comme la défenseuse de ceux qui se sentent oubliés ou méprisés par le système.
Trois jours plus tard, dans un entretien au Figaro, le chef du RN, Jordan Bardella, a renouvelé ses clins d’œil appuyés aux électeurs déçus de la droite, en se présentant comme l’héritier naturel de feu le RPR et l’UMP (les anciens noms du parti Les Républicains). « Evidemment que moi j’inscris beaucoup de mes valeurs dans un ethos de droite », a-t-il proclamé en vantant le succès d’Eric Ciotti, son allié de l’Union des droites pour la République, à Nice.
Quand on les interroge, les cadres du parti assurent que cette guerre des lignes se déroule en toute intelligence. Il s’agirait d’une sorte de partage des rôles, dicté par l’opportunisme et dont personne n’aurait à s’étonner. En pleine période de disette budgétaire, il apparaît pourtant totalement antinomique de se présenter, ainsi que le fait Marine Le Pen, comme la défenseuse des plus faibles en assumant la défense de l’Etat, des services publics, des fonctionnaires et en plaidant pour le retour à la retraite à 62 ans, tout en acceptant que Jordan Bardella donne des gages de plus en plus appuyés à la droite libérale et au patronat, qui ne rêvent que de baisses d’impôts, de déréglementation et d’allongement du temps de travail.
Alliance des contraires
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