Le 21 avril 2002, le politologue Gérard Le Gall, conseiller de Lionel Jospin à Matignon, a eu la lourde tâche d’annoncer au premier ministre et candidat socialiste qu’il était distancé par Jean-Marie Le Pen et ne figurerait pas au second tour de l’élection présidentielle.
En avril 2002, vous avez alerté l’équipe de campagne de Lionel Jospin du risque de ne pas être qualifié pour le second tour de la présidentielle. Comment cela s’est-il passé ?
Trois semaines avant le 21 avril, l’inquiétude perçait dans l’équipe de campagne. Il fallait régulièrement rassurer, en acceptant l’idée que leur candidat recule dans les sondages. Le samedi 13 avril, je vois Lionel Jospin en tête-à-tête pour lui faire part de mes observations sur un éparpillement des sympathisants socialistes sur les autres candidatures de gauche. Il est persuadé d’être au second tour.
Le dimanche 14 avril, je relis en priorité mon tableau de bord sondagier. Je me remémore les événements que je juge structurants depuis l’offensive du président Chirac sur le thème de la sécurité, le 14 juillet 2001. Je ressasse mes travaux de réflexion dans les années 1990 sur l’immigration, la sécurité, le populisme et une synthèse sur le Front national dans L’Etat de l’opinion, publication annuelle de la Sofrès au Seuil. Sans oublier l’éclatement de la gauche plurielle et le chacun pour soi. Je perçois aussi le risque Le Pen par une démarche politologique peu orthodoxe, en me focalisant sur les hauts et les bas de Jospin et de Le Pen dans deux instituts concurrents : les courbes peuvent se croiser, voilà la révélation. Faut-il la partager ? Comment dire l’indicible à l’équipe de campagne ?
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