LA LISTE DE LA MATINALE
Dans la sélection du « Monde des livres » cette semaine, le nouveau livre de l’homme de radio, écrivain et désormais peintre Alain Veinstein. A ses côtés, deux Britanniques : Julia Armfield, qui raconte la fin d’un couple sur fond d’expédition sous-marine, et Toby Lloyd, dont le brillant premier roman oscille entre tragi-comédie familiale, roman de campus et fiction horrifique. Au menu également, Sous le règne du fouet qui rassemble une sélection de récits de vie d’anciens esclaves collectés dans les années 1930 aux Etats-Unis, et le nouvel essai d’Elisabeth Roudinesco où elle revisite l’histoire de la psychanalyse à travers les figures de femmes qui l’ont marquée.
ROMAN. « Nos femmes sous la mer », de Julia Armfield
La peau de Leah se desquame, ses gencives saignent, elle vomit des litres d’eau salée et passe de plus en plus de temps dans sa baignoire. Depuis qu’elle est rentrée d’une mission de recherches biologiques à bord d’un sous-marin qui devait durer trois semaines et l’a tenue six mois à des milliers de mètres sous la surface, elle a changé autant physiquement que psychiquement.
C’est son épouse, Miri, qui raconte cette métamorphose, tout en ranimant les souvenirs de leur histoire et ceux de l’attente entre le départ et le retour de Leah. Celle-ci, pour sa part, livre le récit de l’expédition lors de laquelle le bathyscaphe a perdu le contact avec la terre, et sombré au fond de l’eau. Elles prennent alternativement la parole au fil du roman divisé en cinq parties, comme les cinq zones que distinguent les cartes marines – de la « zone littorale », descendant jusqu’à − 200 mètres à la « zone hadale », entre − 6 000 et − 11 000 mètres.
Il y a dans Nos femmes sous la mer une dimension terrifiante qui agrippe le lecteur avec d’autant plus de poigne que Julia Armfield conserve leur mystère aux créatures hantant les fonds marins. Surtout, elle adosse la part surnaturelle du roman au récit réaliste d’un quotidien à deux, filtré par le regard nostalgique – pas dépourvu d’humour – de Leah. Cette combinaison des registres, entre élégie et suspense, fait la remarquable originalité de ce roman d’amour, de perte et de fantômes. R. L.
Il vous reste 74.43% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.















