« Le Liban ne mérite pas ce qui lui arrive. On essaye de nous déraciner, de détruire notre patrimoine culturel et naturel. On a peur de devenir comme Gaza. Le silence qui entoure le Liban est brutal, assourdissant. » Quand Tania Zaven, loquace directrice du site de Byblos parle de son pays, le Liban, pris en otage dans la guerre que se livrent le Hezbollah et Israël, les larmes lui montent aux yeux, la gorge se serre.
Devant nous, les jarres, amulettes, haches à décor animalier et parures en or déployées dans l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban », qui ouvre, mardi 24 mars, à l’Institut du monde arabe (IMA), à Paris, cessent d’être de simples vestiges. Elles parlent d’hier et d’aujourd’hui, portent le message d’un petit pays immense par son histoire, qui ploie sous les bombes mais s’accroche, obstinément, à sa mémoire et à son identité. « Pour nous, cette exposition, c’est une résistance culturelle », appuie Tania Zaven.
Carrefour du monde antique bordé de forêts de cèdres, la cité portuaire de Byblos qui tire son nom d’un mot grec désignant le papyrus (biblos), a profondément marqué l’histoire méditerranéenne. Dès la haute Antiquité, elle relie les rives du Levant à l’Egypte, la Mésopotamie au monde égéen, contribuant de manière décisive à la diffusion de l’alphabet phénicien. « Byblos était la cité portuaire la plus puissante à l’âge du bronze, rappelle Elodie Bouffard, responsable des expositions à l’IMA. C’est de là que partait le commerce du bois de cèdre, indispensable pour les bateaux funéraires comme pour les palais et les temples. » Fouillée depuis 1860, la cité antique n’a cessé de livrer des découvertes majeures, la plus récente – celle d’une vaste nécropole vieille de 4 000 ans – remontant à 2019.
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