LA LISTE DE LA MATINALE
Aujourd’hui, dans la sélection hebdomadaire du « Monde des livres », le retour d’une très grande autrice : la Prix Nobel Elfriede Jelinek, qui publie son premier roman depuis près de vingt-cinq ans, Déclaration de la personne ; la confirmation de l’importance d’une autre écrivaine de talent, Dolores Redondo, qui fouille les mystères du Pays basque dans Celles qui ne dorment pas ; le nouveau roman de Benjamin Fogel, Les Evadés du convoi 53, fondé sur les souvenirs de déportation de son grand-père ; une enquête historique sur les liens étroits qui se nouèrent entre le droit et le sport, quand celui-ci prit son essor ; enfin, un roman-dispositif plein d’allant et d’inquiétude, signé Jean-Hubert Gailliot.
ROMAN. « Déclaration de la personne », d’Elfriede Jelinek
Oppressant et envoûtant, ce long monologue aurait pu s’intituler « Le Procès ». Un jour, sans qu’elle ait rien à se reprocher, dix hommes viennent frapper à la porte d’une écrivaine. Comme Joseph K., le héros de Franz Kafka (1883-1924), Elfi, double fictif d’Elfriede Jelinek, devient du jour au lendemain la proie d’un appareil administratif « monstrueux », qui cherche à la condamner.
Déclaration de la personne, le nouveau livre de l’Autrichienne Elfriede Jelinek, Prix Nobel de littérature en 2004, est le récit d’une enquête fiscale. La voix de l’accusation harcèle la victime de questions, fouille jusque dans les moindres recoins de sa vie privée. L’affaire est finalement classée sans suite, sans que le lecteur comprenne vraiment comment ni pourquoi. Dépassant alors le cadre de sa propre enquête, l’accusée passe à l’offensive. Déclaration de la personne est aussi une virulente diatribe, une attaque en règle contre la fraude massive et généralisée, contre l’inégalité de traitement entre les pauvres et les riches, ceux qui n’ont rien et que l’on suspecte, ceux qui ont toujours plus et que l’on ne poursuit pas.
A la fois radicale et ciselée, rythmique et mélodique, l’écriture d’Elfriede Jelinek envoûte par sa capacité à unir la puissance poétique à la force politique. Composé comme une partition à plusieurs voix, Déclaration de la personne s’écoute finalement autant qu’il se lit. Le lecteur aimerait que cette musique ne s’arrête jamais, mais l’écrivaine, âgée, commence à s’épuiser. Un bateau va venir, écrit-elle : « Je finirai bien par atteindre l’autre rive. J’attends la dernière traversée. » C. Lf
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