La livraison était prévue à 18 heures. La dame qui a commandé le renard habite de l’autre côté du pont, dans une maison basse avec des volets verts. Le renard n’est pas prêt. Il y a un truc qui cloche dans son regard. Maman a choisi des globes en verre ambré dans la boîte classée par millimètres. J’ai vu tout de suite qu’ils n’avaient pas la bonne taille. Que ça allait lui faire un regard trop ouvert. Trop surpris. Je ne sais pas comment je sais, mais je sais.
Les gens de mon âge sont doués pour le piano, le dessin, le judo. Moi, je me révèle douée pour ce truc atroce que ma mère est venue faire dans ce patelin bourguignon situé à des kilomètres de notre ville adorée, pour honorer la mémoire de son père. Je vois ce que maman ne voit pas. Les pattes mal alignées. Les épaules trop rigides. Les museaux qui tirent vers le bas. Il suffit que je touche pour comprendre où ça pèche. Je n’aime pas être douée pour ça.
Pour justifier les libertés qu’elle prend vis-à-vis de la nature, ma mère dit que, contrairement aux humains, « les animaux, t’as une petite marge en termes de réalisme ». En humains, elle s’y connaît, c’est sûr, vingt ans de pratique en tant qu’anesthésiste à l’hôpital, mais pour les bêtes, qu’est-ce qu’elle en sait.
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