Netflix a déclaré, jeudi 26 février, refuser de relever son offre pour Warner Bros Discovery afin de concurrencer celle de Paramount Skydance, estimant que l’opération n’était plus financièrement intéressante. C’est un coup de théâtre majeur dans ce dossier à rebondissements qui dure depuis plus de cinq mois.
Les dirigeants du géant du streaming ont déclaré « refuser de s’aligner » sur l’offre de Paramount Skydance après que le conseil d’administration de Warner Bros l’a qualifiée de proposition « supérieure ».
« Nous avons toujours été disciplinés », a expliqué le conseil d’administration de Netflix, « Mais au prix nécessaire pour s’aligner sur la dernière offre de Paramount Skydance, cette transaction n’est plus attractive financièrement » pour le groupe.
Le groupe de cinéma et de télévision américain Warner Bros Discovery (WBD) avait annoncé, mardi 24 février, que Paramount Skydance (PSKY) lui avait soumis une nouvelle offre de rachat, à 31 dollars par action, contre 30 jusqu’ici. En incluant la dette de WBD, cela valorise la cible autour de 110 milliards de dollars (93 milliards d’euros).
Cette nouvelle proposition intervenait au terme de la période de sept jours qu’avait accordée Warner Bros à Paramount pour tenter de le convaincre de renoncer à son acquisition par la plateforme de streaming Netflix. Cette dernière avait accepté de laisser Warner Bros Discovery étudier une éventuelle dernière offre de PSKY pour en finir avec les « pitreries » de Paramount Skydance.
Montage financier atypique
Warner Bros avait conclu un accord au début de décembre pour vendre ses studios et son activité de streaming à Netflix pour 27,75 dollars par action, une transaction d’une valeur de 82,7 milliards de dollars, dette comprise. Leur projet prévoyait la cession des chaînes câblées de Warner Bros, telles que CNN et TNT, à des investisseurs.
Paramount Skydance est prêt, lui, à reprendre l’ensemble de Warner Bros Discovery, valorisé à 108 milliards de dollars, et juge sa proposition davantage susceptible d’être autorisée par les régulateurs que celle de Netflix. Une thèse contestée par Netflix, qui a accusé Paramount d’avoir « dépeint de façon erronée » le processus de validation par les régulateurs.
L’opération proposée par Paramount nécessite, en outre, un montage financier atypique et le soutien personnel de Larry Ellison, fondateur du groupe Oracle et père du patron de Paramount Skydance, David Ellison. Il s’agit, en effet, pour PSKY de prendre le contrôle d’une entité qui pèse plus de six fois son poids en Bourse, et qui lui impose, pour cela, de s’endetter massivement. En outre, Paramount Skydance s’est engagé à payer à Warner Bros Discovery les 2,8 milliards de dollars d’indemnité de rupture que WBD a promis à Netflix en cas de non réalisation de leur union.
Warner Bros Discovery a fixé au 20 mars la date de l’assemblée générale extraordinaire lors de laquelle les actionnaires devront se déterminer sur l’avenir du groupe.
Les investisseurs saluent le désengagement de Netflix
S’il possède des actifs attractifs, WBD est actuellement sur une trajectoire incertaine. Il a publié, jeudi, un chiffre d’affaires en baisse (−5 %) pour 2025. Le ralentissement s’est, qui plus est, accéléré au quatrième trimestre (−6 %).
Le streaming continue de croître et le groupe compte désormais 131,6 millions d’abonnés dans le monde, soit 14,7 millions de plus qu’il y a un an, mais ses coûts progressent plus rapidement, ce qui a contracté ses marges.
Sa filiale, le studio Warner Bros, lui, se porte bien, mais le groupe reste lesté par son activité de télévision traditionnelle, dont les revenus et les bénéfices s’effritent inéluctablement. Son modèle est d’ailleurs assez proche de celui de Paramount Skydance, qui tente également de se réinventer en jouant sur sa plateforme de streaming Paramount + et son studio Paramount pour compenser la décroissance de la télévision classique.
Malgré ce revers pour Netflix, les investisseurs ont salué son désengagement d’un dossier qu’ils voyaient d’un mauvais œil, beaucoup estimant qu’il risquait de payer trop cher pour WBD. Dans les échanges électroniques postérieurs à la clôture de Wall Street, l’action du géant du streaming prenait près de 10 %.









