« Le pasteur jeta plusieurs coups d’œil à sa montre, alors je le pris à part et lui demandai d’attendre une demi-heure. Mais ce fut inutile. Personne ne vint » : Francis Scott Fitzgerald décrit ainsi, en 1925, l’enterrement pathétique de Gatsby le Magnifique, homme mystérieux aux fêtes extravagantes et enrichi illégalement dans l’Amérique des Années folles. Un siècle plus tard, il y a du Gatsby chez Jeffrey Epstein, le prédateur sexuel mort en prison à l’été 2019, seul, après avoir reçu une partie de l’élite financière, politique et culturelle mondiale dans une débauche de sexe et d’argent. La récente diffusion des milliers de nouveaux documents du dossier Epstein révèle une emprise globale, aux ramifications inimaginables, qui menace le gouvernement et la royauté britanniques, fait trembler la Norvège, éclabousse le Comité olympique, fait tomber Jack Lang, a des ramifications en Russie et dans le Golfe…
La comparaison avec Gatsby ne vise pas à exempter les crimes sexuels et pédocriminels du financier, mais à essayer de comprendre comment un homme seul, né en 1953 dans une modeste famille juive de Brooklyn, fils d’un jardinier employé municipal et d’une assistante maternelle, a pu tisser un tel réseau d’influences, de la riche société new-yorkaise à la communauté scientifique de la Nouvelle-Angleterre, en passant par la jet-set mondialisée, dans un sentiment d’impunité. Sans ces relais, le prédateur n’aurait sans doute pu sévir si longtemps.
Jeffrey Epstein était un prédateur, condamné une première fois en 2008 pour sollicitation de prostitution de mineure, mais aussi un gangster, qui fit sa fortune sur le dos de Leslie Wexner, 88 ans, artisan de la réussite planétaire des marques Abercrombie & Fitch et Victoria’s Secret. Un séducteur, aussi, qui offrait à ses hôtes ses réseaux d’affaires, des discussions politiques, des fêtes grandioses et des filles – « très jeunes », selon nombre de témoins – à ceux qui le désiraient.
Il vous reste 89.14% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.









