Les patrons de presse n’ont pas forcément la même histoire. Elle dépend de leurs choix. Après avoir fait fortune dans la confection, Jimmy Lai avait créé à Hongkong un tabloïd racoleur et turbulent, Apple Daily, deux ans avant la rétrocession de la colonie britannique à la Chine, devenue effective en 1997. Refusant de se résigner à ce que la démocratie hongkongaise disparaisse dans le silence, cet homme d’affaires avait fait de son journal le porte-voix de cette résistance, au rythme des révoltes suscitées par les tours de vis successifs de Pékin qui ont fini par étrangler le journal.
Au bout du chemin, le choix de Jimmy Lai fut celui de la prison. A 78 ans, il y croupit depuis 2020 et sa condamnation à vingt ans d’emprisonnement pour collusion avec l’étranger et publication séditieuse, lundi 9 février, vaut peine de mort. Il s’agit du prix à payer pour s’être opposé au rouleau compresseur de Pékin. Ce dernier a laminé l’engagement pris en 1984 par la Chine de préserver pendant un demi-siècle le « mode de vie » alors en vigueur à Hongkong, celui de la liberté.
Un ancien vice-président des Etats-Unis, Mike Pence, a réagi à la condamnation de Jimmy Lai en déplorant une « parodie de justice » qui bafoue « l’Etat de droit » et en demandant sa libération. En 2018, invité par un cercle de réflexion conservateur de Washington, l’Hudson Institute, Mike Pence s’était livré à une critique de Pékin bien différente de celle de Donald Trump, qui ne trouve jamais trop à redire à propos du fonctionnement des dictatures.
Jamais le président des Etats-Unis ne déplorera, comme son ancien bras droit l’avait fait alors, « un Etat de surveillance inégalé, qui ne cesse de grossir et de devenir plus intrusif », jamais il ne qualifiera le régime chinois de « système orwellien » visant à contrôler « la moindre facette de l’activité humaine ». Lorsque le successeur de Mike Pence aux côtés de Donald Trump, J. D. Vance, assure que « la liberté d’expression est en retrait », il ne songe pas à Jimmy Lai, mais aux pays européens. Il n’a pas publié de commentaires dans les heures qui ont suivi la sentence de Hongkong. Sans doute ne peut-on pas être partout.
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