Politique Éditrice 0 2022-11-25

Un changement de ton manifeste a marqué le 104e congrès des maires de France qui s’est achevé, jeudi 24 novembre, à Paris. En lieu et place des échanges musclés qui avaient opposé l’an dernier le vice-président (Parti socialiste, PS) de l’Association des maires de France (AMF), André Laignel, au chef de l’Etat, un esprit plus coopératif a soufflé sur l’événement. Emmanuel Macron n’a certes pas manifesté d’égards particuliers pour l’état-major de l’AMF, mais il a pris tout son temps, mercredi, pour déambuler au Salon des maires. Des applaudissements ont accueilli le discours de clôture prononcé le lendemain par la première ministre.

Depuis sa nomination à Matignon, Elisabeth Borne s’emploie à rétablir le fil d’un dialogue mis à mal pendant cinq ans par la montée d’une sourde hostilité entre les responsables de la principale association d’élus locaux, dominée par Les Républicains (LR) et le PS, et le président de la République. « L’Etat semble avoir rayé le mot “confiance” de son dictionnaire », avait publiquement accusé André Laignel, en novembre 2021, à l’aube de la campagne présidentielle, qui devait notamment voir s’affronter Emmanuel Macron, Anne Hidalgo et Valérie Pécresse. « Le débat des élus contre l’Etat est mortifère. L’Etat, c’est vous aussi », avait rétorqué, cinglant, le chef de l’Etat.

Les leçons de l’incident semblent aujourd’hui tirées. Confrontés à une succession de crises qui ébranlent le pays en profondeur, le pouvoir central et les maires ont compris qu’ils ne pouvaient rien faire l’un sans l’autre, ni l’un contre l’autre. La sortie de la crise des « gilets jaunes » avait mis en vedette le couple Etat-maires. A bas bruit, les liens se sont resserrés pendant la gestion de la pandémie. Ils ne peuvent aujourd’hui se distendre alors que la transition écologique va bouleverser en profondeur les territoires et les modes de vie.

Recherche du compromis

Entre les deux acteurs, les sujets de friction n’ont pas disparu. Les maires comme les chefs d’entreprise redoutent l’incidence sur les finances locales de la flambée des prix de l’énergie. Ils ne supportent pas que Bercy tente d’encadrer l’évolution de leurs dépenses alors que l’Etat peine à se discipliner lui-même. Sur ce dernier point, Elisabeth Borne a donné un sérieux gage, jeudi, en annonçant qu’il n’y aurait pas de sanctions si telle ou telle collectivité s’aventurait à sortir du cadre.

L’autre sujet sensible, c’est « la nouvelle étape » de décentralisation que les élus appellent depuis des années de leurs vœux sans parvenir à trouver un terrain d’entente avec l’exécutif. Remise sur le chantier par le président de la République, elle sera le baromètre des nouvelles relations qui viennent de s’esquisser.

Le climat politique contribue pour beaucoup à la recherche du dialogue et du compromis : perte de crédibilité des acteurs politiques, dynamique électorale du Rassemblement national sur fond de déserts médicaux et de crise des services publics. Tout pousse aujourd’hui le gouvernement et les maires à unir leurs forces pour tenter d’apporter des réponses rapides et concrètes aux administrés, comme la mise en place de maisons France services, des plans d’action pour réveiller les centres-villes, etc. Si paradoxal que cela puisse paraître, l’affaiblissement de LR et du PS à la dernière élection présidentielle conjugué à la perte de la majorité absolue par le président de la République ont beaucoup fait pour que la relation entre le pouvoir central et les maires entre, enfin, dans l’âge de raison.