Politique Éditrice 0 2022-11-25

Il est un peu plus de 13 heures ce 21 novembre. Comme tous les lundis depuis six mois, Emmanuel Macron et Elisabeth Borne se retrouvent dans le salon des Portraits, à l’Elysée, pour leur déjeuner hebdomadaire. Ce tête-à-tête, symbole de la dyarchie de l’exécutif, est un rituel confidentiel dont le contenu ne filtre presque jamais.

« Tout ce qui s’y dit reste à Vegas », a coutume d’illustrer Aurélien Rousseau, directeur de cabinet de Matignon, en référence au trou de mémoire des protagonistes de la comédie américaine Very Bad Trip. Le haut fonctionnaire, à l’accent chantant et au bon coup de fourchette, rejoint, après son repas avec le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, le « PR » et la « PM » au moment du dessert. Les deux mousquetaires s’assurent que les arbitrages nécessaires sont rendus au café.

Ce lundi, il fut question des retraites. Sujet pesant, comme ce début de second quinquennat en regorge. Mais est-ce assez pour expliquer que l’atmosphère ne soit pas aussi légère qu’aux temps du prédécesseur, Jean Castex ? De ses agapes avec l’élu de Prades (Pyrénées-Orientales), Emmanuel Macron ressortait enjoué, les papilles encore pétillantes après un plat de gibier. Avec Elisabeth Borne, réputée pour son ascèse digne d’une sportive de haut niveau, la viande saignante est rarement au menu et l’eau plate, préférée au vin rouge. L’ancienne préfète, végétarienne, n’est pas la caricature d’une « mangeuse de graines » qu’ont voulu dessiner quelques méchantes âmes un brin machistes. Mais la première ministre casse les codes de la convivialité, comme le dit l’un de ses proches. Avec elle, les déjeuners sont « professionnels » et « sans artifice », résume un conseiller du palais.

A l’Elysée, certains gradés l’affublent d’un surnom plus mordant : la Dame-qui-ne-dit-pas-bonjour. Une manie relevée plus d’une fois dans les couloirs feutrés où Elisabeth Borne, tout à ses dossiers, oublie de répondre à ceux qui la saluent. « En a-t-elle après moi ? », s’est même épanché le général Jean-Louis Georgelin, ancien chef d’état-major particulier chargé de la reconstruction de Notre-Dame de Paris. « Ses émotions sont intériorisées. C’est son sourire qui dit ce qu’elle ressent », pense Olivia Grégoire, ministre des petites et moyennes entreprises. Ce sourire, le chef de l’Etat tente de le lui arracher lors de leurs réunions.

Un respect réciproque, mais peu d’affect

La relation « PR-PM » a toujours attiré l’œil attentif des observateurs, suscité tous les commentaires. De la « cohabitation socialiste » formée par François Mitterrand et Michel Rocard à la rivalité assumée d’un Nicolas Sarkozy-François Fillon, le couple exécutif donne le ton du pouvoir. Lors du premier quinquennat, sous Edouard Philippe, la formule employée par le maire du Havre (Seine-Maritime) – « l’ombre d’une feuille de papier à cigarette » – avait masqué, sous couvert d’euphémisme, les tensions grandissantes entre les deux hommes politiques. Avec Jean Castex, Emmanuel Macron avait trouvé son complément, un serviteur de l’Etat fleurant bon le terroir.

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