Culture Éditrice 0 2022-11-25

Ce 26 juin, en fin de journée, Bernard Arnault vient à peine de prendre place au premier rang du défilé de la maison Celine, présenté dans une aile tamisée du Palais de Tokyo, à Paris, qu’il se lève d’un bond. Bafouant ses habituelles manières protocolaires, le grand patron de LVMH, l’homme le plus important du luxe mondial, traverse la salle, suivi en catastrophe par une garde prétorienne sur les dents. Lui qui est toujours impassible se saisit de son téléphone portable et prend en photo la foule, comprimée sur la dalle du centre d’art parisien, et qui envahit également le trottoir et l’avenue qui le bordent.

Une véritable marée humaine se presse avec fièvre contre les barrières. C’est là un fantastique bouillon de jeunesse, avec des régiments entiers de midinettes débarquées des beaux quartiers comme des banlieues, ainsi que des enfants accompagnés par leurs parents. Tous se sont donné le mot sur les réseaux sociaux. Il n’est pas rare que les défilés provoquent de telles ruées. Mais ce qui se produit ce jour-là est d’un autre ordre. « Il y avait des milliers de personnes de tous les horizons, de toutes les origines, se souvient-on chez Celine. Je pense que la mode n’avait jamais vu ça. On avait l’impression d’avoir créé une sorte de monstre génial. »

« Je vous jure, c’était comme si les Beatles venaient d’atterrir ou bien comme si Elvis avait fait un mouvement de bassin sur scène. » Loïc Prigent, journaliste

Cette foule qui se masse ne fait pas le pied de grue pour célébrer le grand retour sur les podiums du créateur Hedi Slimane après deux ans d’une absence en partie forcée par la crise sanitaire. Tout comme elle se moque de la venue pour l’occasion de l’acteur hollywoodien Eddie Redmayne, du rappeur en doudoune logotypée Gazo ou encore de Kevin Parker, le leader aux airs christiques des rockeurs de Tame Impala.

Non, les personnes qui se sont déplacées n’ont d’yeux que pour deux jeunes gens, deux stars de la K-pop, la musique populaire ­sud-coréenne. Un garçon et une fille : V, du groupe BTS, arrivé dans un Perfecto rouge, et Lisa, de Blackpink. Crinière teinte couleur du soleil, sa taille menue glissée dans une robe noire évidemment griffée Celine et, à l’épaule, un sac de la marque, Lisa Manoban prend la pose. Le public lui hurle alors sa passion dans un bruit semblable à une déflagration quasi apocalyptique. « Je vous jure, c’était comme si les Beatles venaient d’atterrir ou bien comme si Elvis avait fait un mouvement de bassin sur scène, raconte le journaliste et marathonien des défilés Loïc Prigent, qui a assisté à la scène. Physiquement, c’était impressionnant. Bernard Arnault était aux anges. »

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