Culture Éditrice 0 2022-11-24

Bruno de Sa conjugue deux évidences : une voix de femme et un corps d’homme. Chevelure de jais, barbe et moustache, regard pétillant et allure dansante, le sopraniste brésilien a stupéfié le monde lyrique lors de l’apparition d’une vidéo sur Internet. Il y chante Bellini, la célèbre cavatine « Se Romeo t’uccise un figlio », tirée d’I Capuleti e i Montecchi, extrait d’un récital télévisé retransmis sur la chaîne Cultura, en 2018, à Sao Paulo. Impossible de savoir, yeux fermés, que cette voix d’or liquide, ces aigus stratosphériques magnifiquement vibrés et projetés, cette agilité et cette expressivité ne sont pas ceux d’une colorature, mais d’un homme à peine trentenaire.

« Le chant a toujours fait partie de ma vie », relève le musicien, dont la famille, pratiquante, fréquente assidûment les bancs et les chœurs de l’église à Santo André, dans la banlieue de Sao Paulo, où il est né, le 29 novembre 1989. « J’avais 2 ans, et je me rappelle avoir demandé à chanter, moi aussi. Pas dans les chœurs, mais en soliste. Ma mère m’a mis sur une chaise pour atteindre le micro. C’était l’un de ces chants de tradition protestante, quelque chose comme I Would Be Faithful, mais en portugais. Depuis, je n’ai jamais cessé de chanter, à l’église, à la maison. »

Devenir musicien ne s’est pas imposé pour autant. Le piano, commencé à 7 ans, aussitôt détesté, est rapidement abandonné – « J’apprenais plutôt bien, mais pleurais en allant à l’école de musique » – au profit de la flûte (qu’il pratiquera quatre ans en orchestre universitaire) et de la clarinette. Dans les chœurs d’enfants, le petit Bruno grimpe plus haut que les filles, chante son premier solo à 9 ans et régale sa famille des contre-fa piqués de la Reine de la nuit dans La Flûte enchantée, de Mozart. Mais c’est à la puberté que l’inouï se précise. L’adolescent ne mue pas. Tout au plus ressent-il le besoin d’un plus grand soutien musculaire dans les aigus.

« Une voix spéciale »

« C’est beaucoup plus tard, alors que j’étais déjà à l’université, que mes parents se sont rendu compte que j’avais une voix spéciale, résume-t-il. Ils se sont demandé s’il fallait que je continue. Sans doute pour me protéger. Pas mal de gens s’interrogeaient sur le fait que je ne chantais pas comme un homme. » La question du genre s’est d’emblée invitée dans le parcours de Bruno de Sa. Le Brésilien possède en effet un soprano naturel, pas la voix de contre-ténor à large ambitus qu’arborent un Philippe Jaroussky ou un Max Emanuel Cencic, sopranistes à leurs débuts, passant au fur et à mesure à une tessiture de mezzo, puis d’alto.

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