Culture Éditrice 0 2022-11-24

FRANCE INTER – À LA DEMANDE – SÉRIE

C’est à un voyage dans le temps, dans les mots et dans la vie même que nous convie Laure Adler dans son « Heure bleue » sur France Inter. A l’occasion des expositions (dont celle de la Bibliothèque nationale de France) et de la pluie de publications qui accompagnent les cent ans de la disparition de Proust, elle consacre une remarquable série en quatre volets à celui qu’elle appelle avec espièglerie « Marcel » – comme s’il était avant tout question de le dépoussiérer, de se refuser à faire de lui l’auteur d’une cathédrale glacée et montagne impraticable sauf par des initiés.

Confier à Lou Doillon la lecture d’extraits d’Un amour de Swann – soutenus en sons et en musique – permet tout à la fois de donner à entendre la prose, si pleine d’humour, de l’auteur d’A la recherche du temps perdu et de le rendre résolument contemporain.

Pour nous faciliter l’accès au labyrinthe Proust, Laure Adler pose à ses interlocuteurs la même question : « Qui est Marcel pour vous ? », donnant ici à entendre combien sa lecture est une aventure personnelle et universelle car – comme le prouvent les traductions de l’auteur de La Recherche dans tous les pays – son œuvre parle à tous, partout, toujours.

« Spirale ascendante »

Pour commencer cette série, c’est Jean-Yves Tadié, le grand biographe de Marcel Proust, qui rappelle d’abord qu’il est un homme juif et homosexuel au temps de l’affaire Dreyfus, dans une société largement impitoyable et antisémite. Que quand il obtient le prix Goncourt en 1919, c’est un tombereau d’injures et d’insultes qu’il reçoit puisque beaucoup auraient trouvé de bon ton de récompenser plutôt un ancien combattant de la Grande Guerre.

Pour celui qui connaît son Marcel sur le bout des doigts, pas besoin de clé pour lire Proust : « Il y a dans La Recherche – c’est le cas de tous les grands livres – quelque chose pour chacun » tant, au fond, les rapports humains, la gentillesse, le sadisme, le désir et l’amour, le problème du temps et le vieillissement nous concernent tous.

Dans le deuxième épisode, Laure Murat raconte comment sa vie a changé en lisant Marcel Proust et confie avoir quitté, pour ne plus la revoir, sa famille aristocratique « le jour où je suis, comme on dit, sortie du placard et où j’ai dit que j’étais homosexuelle ». L’historienne et autrice, qui enseigne Proust à l’UCLA (université de Californie à Los Angeles), parle de la consolation que procure Proust. Une « consolation active », précise-t-elle, tant, quand on a commencé La Recherche, on est « aspiré dans une spirale ascendante ».

Les deux épisodes suivants laissent la parole à l’illustrateur Stéphane Manel, qui publie aux éditions Seghers un roman graphique adapté des souvenirs de Céleste Albaret (Monsieur Proust, 256 pages, 23, 90 euros), gouvernante et confidente de Proust, et à Anne Simon, directrice de recherche au CNRS, alors que l’incontournable Jean-Yves Tadié vient clore cette réjouissante série.

« Un amour de Proust », une série de Laure Adler à retrouver sur l’application de Radio France et le site de France Inter