Culture Éditrice 0 2022-11-24

Fernande Olivier (1881-1966) n’est le plus souvent connue que pour avoir été la compagne et modèle de Pablo Picasso (1881-1973), de leur rencontre en août 1904 à leur rupture en mai 1912. Son livre Picasso et ses amis (1933) est lu pour ce qu’il rapporte d’une période d’autant plus remarquable qu’elle est celle des Demoiselles d’Avignon (1907) et du cubisme. Ses Souvenirs intimes, parus à titre posthume en 1988 chez Calmann-Lévy, ont moins retenu l’attention, bien qu’ils ne soient pas moins intéressants. L’exposition qui occupe deux étages du Musée de Montmartre, à Paris, à peu de distance du Bateau-Lavoir où le couple vécut jusqu’en septembre 1909 et son déménagement boulevard de Clichy, s’appuie également sur les deux volumes. La chronique du cubisme et l’autobiographie intime de Fernande y sont entrelacées.

Quand elle rencontre Picasso, celle-ci choisit de taire son passé. Son prénom et son nom sont en effet de son invention. Elle est née Amélie Lang, de père « non dénoncé », car marié à une autre femme que sa mère. Le milieu maternel est celui de la petite bourgeoisie parisienne, le commerce de fleurs artificielles de sa tante. En 1898, elle est violée par un nommé Paul Percheron, beau-frère d’une employée du magasin. Le 11 mars 1899 naît un fils, André Robert. Elle est mariée de force au père, bien que mineure. Paul Percheron lui fait subir viols et violences et, l’année suivante, en 1900, elle s’enfuit du domicile conjugal.

Mme Amélie Percheron devient la modèle Fernande Olivier. Elle vit un temps avec le sculpteur Laurent Debienne, à Montparnasse, puis, en 1901, au Bateau-Lavoir. Elle pose pour des gloires académiques tels Fernand Cormon ou Jean-Jacques Henner, pour des artistes mondains tels Giovanni Boldini, qui tente de la violer et qu’elle repousse de force, et pour de plus jeunes, dont des amis catalans de Picasso, Joaquim Sunyer et Ricard Canals.

Née Amélie Lang, son prénom et son nom de modèle, Fernande Olivier, sont de son invention

Cette deuxième partie de sa vie est illustrée dans l’exposition par des variations aux motifs espagnols de ces deux peintres et de quelques autres, dont une Loge à la tauromachie (1904), de Canals, où Fernande est déguisée en señora à mantille et à éventail. Elle l’est aussi par des documents qui rappellent combien être modèle est fatigant et, parfois, dangereux. Aussi, Picasso refuse-t-il qu’elle continue à poser dès qu’elle devient sa compagne, à l’exception de quelques séances dans l’atelier du voisin, Kees van Dongen.

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