Politique Éditrice 0 2022-11-24

Où est passée la gerbe ? Ce lundi 8 août, Christophe Barthès, député Rassemblement national (RN) de l’Aude, ne trouve pas son nom sur la vingtaine de bouquets fleuris déposés au pied de la stèle de la Résistance de Trassanel. On honore ce jour-là les martyrs du maquis de la Montagne noire, dans le nord de sa circonscription. Mines graves, porte-drapeaux au salut : la cérémonie commence, sans la gerbe de M. le député. L’enquête est menée : quelqu’un a dit au fleuriste de la déposer devant la grotte des Maquisards, à distance de la cérémonie. M. Barthès y voit une mesquinerie plus qu’une méprise. Depuis que trois députés RN ont été élus dans ce département socialiste, quelques politiques locaux leur mèneraient la vie dure.

Les courriers restent sans réponse, les invitations aux cérémonies n’arrivent guère. Le député distribue des médailles de l’Assemblée, mais certains ont la décoration honteuse : « Si on pouvait ne pas publier de photo… » Pour le 11 novembre, la sous-préfète a dû se glisser entre le maire de Trèbes et le député pour apaiser l’ambiance – les deux hommes s’ignorent. « Ces gens n’arrivent pas à digérer, pense M. Barthès. Mais ils peuvent faire ce qu’ils veulent : depuis juin, le cordon sanitaire a pété ! »

Il n’y a pas que sur les terres de l’Aude que l’élection de 89 députés d’extrême droite passe difficilement. Certes, dans l’ensemble, les élus RN se disent très bien accueillis et y voient un signe de leur normalisation. « C’était plus compliqué il y a cinq ans, évalue Sébastien Chenu, vice-président RN de l’Assemblée nationale. Sur 36 communes, j’ai des difficultés avec trois maires. Il y aura toujours des gens très idéologisés qui sont militants avant d’être élus de la République. » Le député du Nord, qui consulte régulièrement les néodéputés, juge que les cohabitations difficiles concernent environ 10 % des maires.

« Le maire ne fait pas de politique »

Dans l’Eure, où le RN a fait irruption sans prévenir dans le paysage politique avec quatre députés sur cinq, Jean-Paul Legendre se veut garant de la « culture de tempérance » du coin. Le président de l’Association des maires de l’Eure juge ces nouveaux élus discrets, courtois, parfois gauches, reconnaissables à l’écharpe tricolore qu’ils portent au monument aux morts comme à l’inauguration d’un salon de coiffure. Membre de la majorité départementale macroniste, il estime que « les exclure renforcerait un sentiment de victimisation très présent dans la population ».

Les maires s’arrangent ensuite avec leur conscience et leur volonté ou non d’aller au bras de fer avec le député. Faut-il inviter le député RN uniquement aux cérémonies patriotiques, ou également au banquet des anciens et à l’inauguration de la maison de santé ? Doit-on lui laisser la parole ? Faut-il accepter sa proposition de rendez-vous en mairie, voire de visite de l’Assemblée nationale ? « Passé l’effet de sidération, on s’est souvenu qu’on avait, tous, été élus en disant que le maire ne fait pas de politique, raconte M. Legendre. Il est un conciliateur, respectueux des institutions. »

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