Culture Éditrice 0 2022-11-24

Le trajet Moscou-Istanbul-Paris, avec des haltes, fut long. Mais, après cinq mois de pérégrinations, Vladislav Ketkovich, sa femme et leurs deux enfants ont fini par poser leurs valises, le 1er août, dans la capitale française écrasée de chaleur et désertée. Le producteur russe a trouvé asile dans la résidence Les Récollets, un lieu unique qui accueille des artistes et des chercheurs du monde entier, dans le 10e arrondissement.

Ils sont quatre, aujourd’hui, quatre Russes en exil à y séjourner, rejoints par beaucoup d’autres, tout aussi exilés mais non résidents, qui préparent dans l’effervescence le festival L’Echo de Lubimovka, organisé aux Récollets les samedi 26 et dimanche 27 novembre. Une première version délocalisée du Festival de dramaturgie Lubimovka, né dans les années 1990 en Russie, et aujourd’hui à l’arrêt à Moscou.

Comme tant d’autres de ses pairs, « Vlad » Ketkovich, 51 ans, a fui son pays aux premières heures de la guerre déclenchée contre l’Ukraine. Coproducteur, notamment, d’un documentaire sur un groupe de dix jeunes Russes arrêtés en 2018 pour complot et « organisation extrémiste », sur la foi d’agents du FSB infiltrés (diffusé sur Arte.tv, sous le titre Piégés par Poutine, jusqu’en 2023), il suivait alors les traces du chamane Gabychev, en Sibérie orientale, qui voulait chasser le chef du Kremlin du pouvoir.

Rentré précipitamment à Moscou, il achète sur-le-champ des billets d’avion pour Istanbul, et dit n’avoir aucun regret. « On veut que les enfants grandissent libres. » Dans son logement, aux Récollets, une pièce unique de 70 mètres carrés agréablement aménagée, où s’éparpillent les petits jouets de Yacha, 2 ans, tandis que Michèle, 13 ans, surfe sur son smartphone, tout respire la volonté de tout recommencer. Jusqu’aux papiers accrochés sur les murs pour apprendre le français.

« Parler librement »

Volubile et enthousiaste, Vlad Ketkovich évoque plusieurs de ses projets en cours, notamment La Honte, un documentaire mené avec Veronika Nikoulchina, membre du groupe punk féministe Pussy Riot, qui s’était distinguée pour avoir envahi la pelouse du stade Loujniki, à Moscou, lors de la finale du Mondial de football en 2018, et aujourd’hui exilée en Géorgie. « C’est la première réaction que j’ai eue sur Facebook [le lendemain de l’invasion russe en Ukraine], et que j’éprouve toujours, comme beaucoup d’entre nous, explique-t-il. Nous voulons mettre en scène comment les Russes survivent avec ce sentiment, alors qu’ils font partie d’un peuple avec des opinions si différentes. »

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