Politique Éditrice 0 2022-10-03

Le train, qui a quitté Kiev en début de soirée, file en direction de la Pologne, jeudi 29 septembre. Yaël Braun-Pivet a invité les députés qui l’ont accompagnée en Ukraine à un « apéro » de fortune dans son compartiment. Longs cheveux blonds lâchés, elle a troqué ses talons pour des boots plus confortables. Elle sert des bières dans des gobelets. Serrés sur les banquettes, les élus débriefent leur visite, à la veille d’un débat sur l’Ukraine qui doit ouvrir la session parlementaire, le 3 octobre. « Je fais comme avec mes enfants au retour des vacances : quel moment avez-vous préféré ? », demande la présidente de l’Assemblée nationale en riant. La députée Renaissance (le nouveau nom de La République en marche, LRM) Anne Genetet remercie « Yaël » d’avoir donné la parole à « tous » devant les autorités ukrainiennes : « C’est rare dans les délégations… D’habitude, on joue les potiches !…  » Yaël Braun-Pivet, 51 ans, première femme de l’histoire à présider l’Assemblée nationale, joue l’humilité : « C’est normal, nous sommes un collectif. »

Elle retrouve le chaudron parlementaire cette semaine pour une session qui s’annonce tendue, avec l’examen du budget. Un test pour celle qui était encore novice en politique il y a cinq ans, et qui reste mal connue des Français. Depuis la rentrée, elle s’emploie à combler ce handicap, multipliant les interventions médiatiques. A chaque fois, elle fait entendre une musique singulière. Sur les retraites, elle a été de ceux qui ont convaincu Emmanuel Macron de ne pas faire voter l’épineuse réforme des retraites par le biais d’un amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Le président a tranché en ce sens le 28 septembre, lors d’un dîner à l’Elysée. « J’ai gagné !, confie-t-elle au Monde, depuis Kiev. A partir du moment où l’on prône une nouvelle méthode, la concertation, il faut l’appliquer. Moi, je suis basique. » Elle rit encore.

Même pas de côté sur le Conseil national de la refondation, ce fameux CNR auquel semble tant tenir le chef de l’Etat, et qu’elle ne veut pas voir empiéter sur les prérogatives du Parlement, à l’unisson des oppositions, qui boycottent. « Ne t’inquiète pas, je vais mettre les points sur les i », glisse-t-elle au patron des députés Les Républicains (LR), Olivier Marleix. Le jour de l’installation de l’instance, le 8 septembre, elle est assise en face d’Emmanuel Macron. « Monsieur le Président, la question de la participation de l’Assemblée nationale au CNR s’est posée…  », lance-t-elle dans un silence glacé. Les ministres se regardent, médusés : « Quel culot, quand même ! »

Il vous reste 88.01% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.