Culture Éditrice 0 2022-09-23

FRANCE 5 – VENDREDI 23 SEPTEMBRE À 21 H 00 – MINISÉRIE

« J’ai tout, en fait j’ai rien. » De son intersexuation – la série utilise volontairement ce terme, plus précis qu’« intersexualité » –, Sasha ne sait plus quoi faire. « Réparée » mais surtout mutilée dans sa petite enfance par un corps médical qui ne pense qu’à lui assigner définitivement un sexe, masculin en l’occurrence, Sasha se fait depuis quelques mois appeler « elle » et entre en jeune fille dans son nouveau lycée. En attendant sa majorité, et l’opération qui fera d’elle une « vraie » femme.

Au fil des épisodes, on découvrira la violence effarante de l’agression qui a poussé sa famille à déménager et à repartir de zéro dans ce patelin un peu paumé, bordé d’un lac où les ados se retrouvent pour boire, fumer, s’aimer et rêver à des « levers de terre ».

D’ailleurs ils sont un peu gratinés, ces ados, tels qu’on les découvre au fil d’un premier épisode frontal, un peu désagréable. Euphoria n’est jamais loin quand il s’agit de filmer leurs désirs excessifs, et on n’en peut plus d’entendre les jeunes parler comme des jeunes. Il faut aller un peu plus loin – pas beaucoup, l’épisode 2 est formidable – pour saisir la déflagration qu’est Chair tendre dans l’offre sérielle du service public.

Produite pour la case France.tv Slash, la série récompensée au Festival Séries Mania sera d’ailleurs diffusée en prime dès le jour de sa mise en ligne. Une consécration pour cette case destinée au jeune public et aux productions décalées, connue pour la série pour ados Skam et surtout pour sa sitcom européenne Parlement.

Duo d’acteurs incandescents

Imaginée par Yaël Langmann, qui réalise la série aux côtés de Jérémy Mainguy, Chair tendre aborde avec à la fois d’infimes précautions et beaucoup d’audace un sujet propice au traitement clinique, psychologisant et volontiers larmoyant. Elle le fait avec ce qu’il faut de distance – le personnage de Loé, « référent » de Sasha pour sa future opération, donne des repères – mais surtout une dose inattendue de folie. Cela commence par les parents de Sasha, un couple encore jeune et un peu destroy qui cherche à sortir par le haut d’une situation qui le dépasse. En mère aimante, vacharde et silencieusement dévastée, Daphné Bürki fait des merveilles.

Cela passe aussi par le duo incandescent que Sasha forme avec sa petite sœur, Pauline (Saül Benchetrit). Et sur ce sujet, la tentation des superlatifs est grande. A peine adolescente au moment du tournage, la fille d’Anna Mouglalis et Samuel Benchetrit pulvérise l’écran et renvoie joyeusement ses aînés en coulisses. La caméra l’aime mais elle aime aussi beaucoup Angèle Metzger, ex-mannequin androgyne très en vue, qui donne à Sasha un corps, une voix, une présence qui semblent s’épanouir au fil des épisodes. Le reste du casting est à l’avenant, à la fois improbable et follement réussi. On y croise une influenceuse (Paola Locatelli), Léna Garrel, l’ex-comique Océan dans un petit rôle, ou encore Grégoire Colin en père dérouté.

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