Culture Éditrice 0 2022-09-23

L’Orchestre de chambre de Paris s’est installé en silence sur le plateau du Théâtre des Champs-Elysées. Puis un écran s’est déroulé, sur lequel est apparu le beau visage de leur directeur musical, le pianiste et chef d’orchestre allemand Lars Vogt (1970-2022), mort lundi 5 septembre des suites d’un cancer du foie à l’âge de 51 ans. La voix du musicien disparu a rempli la salle : l’extrait d’une interview au micro de France Musique un an plus tôt, où il était question de musique, d’amis et de consolation.

Enfin, le maestro Maxim Emelyanychev, qui dirige le concert d’ouverture de saison de l’orchestre, a annoncé Schubert et la musique de scène de Rosamunde, anticipant l’hommage rendu à Lars Vogt mardi 4 octobre à la Philharmonie de Paris, diffusé en direct sur France Musique et Arte Concert.

Le programme a ensuite débuté avec les quatre pièces dansantes du Tombeau de Couperin, de Ravel, dont la battue ensauvagée de Maxim Emelyanychev flatte la volubilité un rien sarcastique, tirant cette musique vers une dynamique coloriste un peu brute, à la manière acidulée d’un Stravinski. De Prélude en Menuet, de Forlane en Rigaudon, le pointillisme ravélien expose particulièrement les vents (magnifique hautbois d’Ilyes Boufadden-Adloff), musique à la pointe sèche, où la prémonition du tragique affleure sous la révérence galante au XVIIIe siècle français, miroir du désespoir et du sentiment d’urgence qui ont empoigné le compositeur, déchiré entre patriotisme et horreur de la guerre.

Le violoncelliste Sheku Kanneh-Mason s’est encore peu produit en France. Mais le Britannique de 23 ans (né de mère originaire de Sierra Leone et de père caribéen, le 4 avril 1999 à Nottingham), après avoir participé avec ses six frères et sœurs, tous musiciens classiques, à l’émission « Britain’s Got Talent » en 2015 et remporté l’année suivante le concours BBC Young Musician, est véritablement devenu une figure internationale depuis qu’il a joué Fauré et Schubert au château de Windsor en mai 2018 pour le mariage du prince Harry et de Meghan Markle (plusieurs milliards de spectateurs devant les écrans de télévision). Une carrière fulgurante, l’adoubement du chef d’orchestre Simon Rattle et trois albums ont suivi, enregistrés pour le label Decca, dont le dernier, Song, florilège éclectique mêlant classique, pop, jazz et airs folkloriques (certains ont été arrangés par le musicien), vient juste de paraître.

Technique sans faille

Sobrement vêtu d’une liquette noire aux broderies blanches traditionnelles (Sheku Kanneh-Mason est engagé dans la défense des minorités ethniques et des musiciens noirs dans la musique classique), le violoncelliste s’est installé tranquillement sur le plateau. La fièvre s’est tout de suite emparée du Concerto pour violoncelle n° 2 en ré majeur, de Haydn, sous la battue enflammée de Maxim Emelyanychev, qui dirige du clavecin. Puis l’archet souple du violoncelliste s’est posé sur son bel Amati de 1610, développant un phrasé élégant et racé, une technique sans faille et une musicalité d’un naturel confondant, laissant le show au claveciniste en chaussettes rouges, tour à tour trépignant ou croisant les jambes.

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