Politique Éditrice 0 2022-09-23

A la veille de la rentrée parlementaire, la gauche ne manque pas de sujets de mobilisation : la réforme des retraites à laquelle elle s’oppose, la taxation des superprofits pour laquelle elle milite, la transition écologique dont elle rêve d’être le fer de lance. Or, depuis une semaine, La France insoumise (LFI) et Europe Ecologie-Les Verts (EELV), deux des composantes de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), sont inaudibles sur ces sujets. Elles sont empêtrées, à des degrés divers, dans des affaires de violences faites aux femmes qui les décrédibilisent et par ricochet fragilisent tout l’édifice.

A LFI, Adrien Quatennens, le coordinateur du mouvement, a dû se mettre en retrait après que Le Canard enchaîné a révélé l’existence d’une main courante pour violences, déposée par sa femme en instance de divorce. Passe encore que le député du Nord se soit accordé cinq jours de réflexion avant de mettre entre parenthèses son rôle au sein de LFI. On conçoit que la décision soit personnellement difficile à assumer. Rien, en revanche, ne justifie la complaisance de Jean-Luc Mélenchon qui a accumulé les impairs à propos d’une cause qui est devenue l’un des principaux combats de sa formation. Le chef des « insoumis » a commencé par dénoncer la « malveillance policière, le voyeurisme médiatique, les réseaux sociaux » qui « se sont invités » dans ce « divorce conflictuel », avant de saluer la « dignité » et le « courage » d’« Adrien », sans un mot pour la victime. Depuis, il a un peu corrigé le tir sans parvenir à dissiper le malaise interne.

A EELV, Julien Bayou, le coprésident du groupe, a dû lui aussi se mettre en retrait, mardi 20 septembre, après avoir été publiquement mis en cause par la députée Sandrine Rousseau, porte-voix de l’écoféminisme au sein du même parti. Le chef des Verts est accusé d’avoir eu un comportement déplacé à l’égard de son ex-compagne, qui a saisi pendant l’été l’instance interne qui gère le signalement des violences sexistes et sexuelles.

Un combat emblématique de la gauche

Les deux affaires ont peu à voir entre elles : dans la première, l’accusé a reconnu des actes de violence. Dans la seconde, les faits ne sont pas avérés. A EELV, le contexte du pré-congrès se prête en outre aux règlements de comptes. Il n’empêche, le résultat est le même : la gauche est prise en défaut sur l’un de ses combats les plus emblématiques parce qu’elle paraît incapable de mettre en adéquation ses paroles et ses actes.

On peut certes admettre que toute révolution sociétale nécessite un temps d’adaptation. A gauche comme à droite, la libération de la parole des femmes, après des siècles de silence, prend à revers tous les partis qui ont été et restent souvent encore dominés par les hommes. Chaque révélation plonge dans l’embarras leurs chefs, accoutumés à l’étanchéité entre vie publique et vie privée. Aucun n’a l’autorité ni la volonté suffisantes, y compris au gouvernement, pour édicter des règles internes incontestables.

Mais s’il en est un qui ne pouvait s’autoriser la moindre défaillance, c’est bien Jean-Luc Mélenchon. Le patron des « insoumis » a su attirer à lui les féministes, porter leur cause et encourager leur radicalité. En réagissant comme un chef de meute uniquement soucieux de défendre ses protégés, il les prend complètement à revers.

L’ébranlement de l’autorité de l’« insoumis » n’en est cependant qu’à ses débuts. Du Parti socialiste au Parti communiste en passant par EELV ou par les « insoumis », beaucoup soupirent bruyamment, mais personne n’est en mesure de lui disputer le leadership. La faute de Mélenchon est ainsi devenue en cette rentrée le boulet de toute la Nupes.