Politique Éditrice 0 2022-09-23

Outre-Atlantique, la fouille de la résidence de Donald Trump par le FBI à Mar-a-Lago a ravivé le spectre des discours de fraude électorale que l’ancien président américain avait popularisés auprès de ses soutiens, lors de l’élection de 2020, et qui se sont soldés par la tragique prise du Capitole le 6 janvier 2021.

Depuis la dernière élection américaine, des inquiétudes ont émergé quant à la possible exportation d’un mouvement du type « Stop the Steal » [« arrêtez le vol », sous-entendu le vol de l’élection] sur les réseaux sociaux en Europe, lors de scrutins électoraux décisifs.

Les élections fédérales allemandes, en 2021, ont ainsi vu des campagnes coordonnées sur plusieurs plates-formes – de Facebook à Twitter, en passant des plates-formes à la modération limitée comme le réseau social russe VKontakte et l’application Telegram – pour convaincre les électeurs que le scrutin était truqué.

Au cours des campagnes électorales de la présidentielle et des législatives, l’Institute for Strategic Dialogue (« Le spectre de la fraude électorale : l’impact des discours de désinformation pendant les élections de 2022 », par Roman Adamczyk, Sasha Morinière et Cécile Simmons, ISD France) a suivi la trajectoire des discours de désinformation français en amont, pendant et après le vote sur différentes plates-formes généralistes (Facebook, Instagram, Twitter) et espaces en ligne plus alternatifs (Telegram, Odysee).

Méfiance envers les processus démocratiques

Nos recherches montrent que si les récits de fraude électorale, qui se sont consolidés autour de plusieurs thématiques ou incidents (la question des cinq cents parrainages, la prétendue manipulation des sondages en faveur du président sortant, l’incident survenu sur France 2, à l’annonce des résultats du second tour) n’ont pas réussi à pénétrer l’espace informationnel français mainstream, leur succès durable dans les communautés antisystème et dans la complosphère souligne un risque de polarisation de la société française et montre qu’ils s’inscrivent dans le temps long.

De plus, la reprise d’éléments de désinformation venus d’outre-Atlantique reflète une internationalisation durable de ces discours, susceptible de se poursuivre. Au cours de la campagne présidentielle en France des éléments de désinformation utilisés aux Etats-Unis, par les cercles pro-Trump, pour contester l’élection de Joe Biden, ont fait florès et ont été appliqués au contexte français dans certaines communautés complotistes et extrémistes, signe d’une perméabilité entre les discours des communautés en ligne dans l’Hexagone et les récits américains.

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