Culture Éditrice 0 2022-08-08

Selon la stèle plantée au bord du chemin qui y conduit, le Carré rouge, « tableau refuge pour une famille de six personnes, est une œuvre de Gloria Friedmann (en association avec Adelfo Scaranello), commandée par Hubert Guénin (1932-1997) grâce au soutien de la Caisse des dépôts et consignations et de la Fondation de France (programme Nouveaux Commanditaires) avec la médiation du Consortium, centre d’art contemporain à Dijon ». L’inscription se lit sur un carré d’un rouge aussi vif que l’une des faces du cube, deux autres étant blanches et la quatrième vitrée.

Les murs en brique qui composent ce cube abritent un rez-de-chaussée au sol en terre battue et un étage, 60 m2 en tout. Charpente et mobilier – sommaire – sont en bois. Ni eau ni électricité, mais du bois pour la cuisine, des lampes à gaz et des couchages pour la nuit. Tout autour, la nature, une rivière, la forêt, des prés : le paysage du plateau de Langres, sur la commune de Villars-Santenoge (Haute-Marne), sans une maison alentour.

Les animaux pour seuls voisins

Le Carré rouge a été inauguré en 1997. Gloria Friedmann en raconte ainsi l’histoire : « Comme j’ai beaucoup marché en montagne, j’ai l’habitude des refuges, et j’ai eu le désir d’en créer un. Le premier projet, dans les Alpes, a dû être abandonné. Comme j’habite en Bourgogne, j’ai pensé au plateau de Langres. Hubert Guénin, le propriétaire des terres, a accepté, et c’est ainsi que les choses se sont passées, simplement et à peu de frais. » L’idée était de proposer un séjour loin de toute ville, sans le « confort moderne » et avec pour seuls voisins les animaux – « les sangliers et les cerfs viennent dire bonjour et faire la conversation », affirme l’artiste, dont de nombreuses œuvres portent sur les relations entre l’humain et l’animal dans le monde actuel. Elle précise aussi, non sans ironie encore, avoir constaté que les visiteuses étaient plus vite accoutumées à la rusticité du logement que les visiteurs.

Immédiat, le succès a été aussi durable : « Il y avait toujours des hôtes, même l’hiver, dit-elle. C’était toujours complet. » Elle parle à l’imparfait parce que, pour l’heure, en dépit de sa notoriété, le Carré rouge est fermé, faute d’une personne qui en assurerait l’entretien, comme l’a longtemps fait la famille Guénin.

Mais une expérience assez similaire est possible ailleurs, à nouveau grâce à Gloria Friedmann. En Ardèche, sur la ligne de partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée, sur la commune de Borne, elle a dressé en 2017 Le Phare, tour ronde toute bleue de sept mètres de haut. On ne l’atteint qu’à pied. Temps de montée estimé : 1 h 15. Le GR 7 passe à proximité. Le Phare a, comme il se doit, son escalier à vis et un point de vue à 360° sur un horizon immense. Il accueille aussi une bibliothèque, mais « ce n’est pas un refuge », prévient Gloria Friedmann. « Ou alors seulement les jours d’orage. C’est un lieu pour ralentir le temps. »

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