Culture Éditrice 0 2022-08-08

NETFLIX - À LA DEMANDE - SÉRIE

Entre 1989 et 1996, la parution des fascicules de The Sandman, édités par DC (berceau de Superman et Batman) a puissamment contribué au passage des comics à l’âge adulte. L’auteur Neil Gaiman et les artistes qui se sont succédé au long des années ont tourné le dos aux règles du genre pour s’aventurer sur d’autres territoires : la poésie, la métaphysique, la philosophie. En inventant une nouvelle espèce d’êtres surnaturels, personnification des éléments essentiels de la condition humaine, du désir à la mort, Gaiman a organisé une mythologie chatoyante et élégante. Voilà des décennies que le cinéma songe à s’en emparer, entravé à la fois par la difficulté à incarner des thèmes aussi immatériels et par les exigences du scénariste originel.

Nous sommes au XXIe siècle, les longs-métrages ne sont plus l’alpha et l’oméga de la fiction. The Sandman prend enfin chair dans l’espace d’une série, qui a reçu l’imprimatur de Neil Gaiman. Les lecteurs et les dévots des comics noteront que certains personnages ont changé de genre, que la chronologie a été amendée pour coller au temps présent.

Reste une part de l’essentiel : la découverte du monde des rêves sur les pas du Sandman (connu en français sous le nom de « marchand de sable »), dit aussi Morpheus, être éternel, à qui a échu la surveillance du domaine des rêves, et surtout de la frontière qui sépare ceux-ci de la réalité. Manque – et c’est un comble pour un récit fait de cette étoffe – l’étrangeté et l’inquiétude qui ont tout de suite distingué The Sandman du tout-venant des comics.

Formidables moyens

On peut toujours se satisfaire de la découverte d’un récit d’une formidable inventivité, incarné par une distribution délicieusement hétérogène qui réunit vétérans britanniques (Stephen Fry, Joely Richardson, David Thewlis) et nouveaux venus qui se voient confier des rôles essentiels (Vivienne Acheampong en bibliothécaire et historienne du pays des songes, Vanesu Samunyai en mortelle devenue à son insu la rivale de Morpheus). A cette aune, Sandman reste un spectacle plaisant qui met les formidables moyens que Netflix (ici diffuseur) et Warner (la maison mère de DC, qui a produit la série) lui ont offerts à la disposition de la narration, sans sacrifier à la surenchère.

Neil Gaiman n’est pas un nouveau venu au pays des séries. On l’a tenu pour responsable de la débâcle qui a conclu l’adaptation de son roman American Gods – il aurait obtenu l’éviction des showrunners dont il estimait qu’ils s’écartaient trop de l’intrigue originale. A l’inverse, il a trouvé en David Tennant et Michael Sheen les interprètes idéaux pour incarner le démon et l’ange de Good Omens, version picaresque de l’Apocalypse que l’on peut voir sur Prime Video.

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