Culture Éditrice 0 2022-08-08

Noémie Goudal expose simultanément aux Rencontres de la photographie d’Arles (Bouches-du-Rhône), seule dans la vaste église des Trinitaires, et, d’autre part, au château d’Oiron (Deux-Sèvres), dans l’exposition collective « L’Horizon des événements ». Dans les deux cas, l’artiste, née en 1984 à Paris et diplômée du Royal College of Arts de Londres en 2010, présente des travaux très récents qui tiennent de la photographie, de la performance et de la vidéo – en couleur à Arles, en noir et blanc à Oiron. Et, dans les deux cas encore, la perception va de l’incertitude première à une meilleure compréhension de ce que l’œil voit, puis, celle-ci acquise, vers des réflexions de plus en plus inquiètes.

L’image projetée, en grand format, est d’abord celle d’un paysage, dans le genre exubérant, avec beaux arbres et larges palmes. On croirait à une publicité pour tour-opérateur ou à une couverture de magazine touristique. Mais, de façon d’abord à peine perceptible, cette image commence à bouger. Soit un arbre s’enfonce lentement dans l’eau comme s’il coulait à la verticale, soit une légère fumée apparaît, suivie de flammes qui commencent à détruire les feuillages – une image de feuillage en fait. Mais derrière celle-ci, une deuxième apparaît, qui à son tour s’enflamme et en révèle une troisième.

Processus cyclique

Quand ce processus de destruction s’achève, il ne reste plus que les cadres auxquels ces tirages photographiques étaient suspendus et le « vrai » paysage : une friche qui pourrait être un vestige de terrain d’aviation ou un sol de sable et un mur aveugle. Il en est ainsi à Oiron et dans l’une des vidéos montrées à Arles. Dans la deuxième, moins déconcertante, les images d’arbres, tenues par des câbles, glissent dans une mare, puis en ressortent, processus cyclique accompagné de chants d’oiseaux. A la même série, Phoenix, qui donne son nom à l’exposition d’Arles, appartiennent des tirages des mêmes motifs découpés en bandes verticales ou horizontales disjointes, comme des collages qui auraient été mal exécutés et révéleraient leur fausseté d’images menteuses.

C’est du reste la première interprétation qui se propose du travail de Noémie Goudal, tel qu’elle le construit depuis une décennie. Il serait une mise en scène ironique des artifices de la représentation photographique, dont on sait combien elle peut être trompeuse. Goudal donnerait à voir que ces paysages luxuriants ne sont que des fantômes de papier et qu’il n’y a derrière eux rien qu’une réalité morne et sans qualité. Les dispositifs techniques complexes que l’artiste invente et maîtrise n’auraient d’autre fin que cette autodestruction cruelle de la photographie.

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