Culture Éditrice 0 2022-08-08

Diplômé en design industriel, c’est pourtant vers le dessin décoratif qu’Alexandre Benjamin Navet s’est tourné pour s’exprimer. Il passe au crayon, au pastel ou à l’aquarelle des supports aussi variés que des vases, des façades d’immeubles ou des tableaux… Et saisit l’occasion de chaque échappée à l’étranger pour s’immerger dans une culture et y puiser un vocabulaire de formes, de couleurs ou des inspirations moins littérales. « J’ai un rapport très sensoriel à mes voyages. Il en subsiste toujours des souvenirs diffus », rapporte le créateur.

Au Japon, il part à la découverte des arts décoratifs, « qui ont tant de liens avec les nôtres », et plus prosaïquement découvre les pigments japonais si spéciaux à base de liant de poisson, les carnets, les gouaches, les pinceaux et autres instruments qu’il rapportera en quantité.

Son premier voyage le mène à Hokkaido, à l’extrême nord du pays, terre d’ours bruns et de cascades glacées. En rentrant, il n’a qu’une envie : repartir pour découvrir la face B de l’Archipel. Il vise plein sud lors de son second séjour, en 2016. Ce sera Yakushima, une île septentrionale au climat tropical classée au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Le vert le plus pur

« Quel périple pour arriver là ! Le voyage était une aventure en soi, avec un avion qui devait survoler un volcan en activité et était donc régulièrement annulé, puis un ferry depuis Kagoshima pour atteindre l’île. J’avais vraiment l’impression d’arriver au bout du bout du monde. » De cette île à la nature très dense et aux cèdres millénaires, à laquelle on accède par des ponts suspendus et qui a servi d’inspiration pour les décors de Princesse Mononoké, il ne sait presque rien avant de partir. « Je déteste me gâcher la découverte, j’aime la sensation de surprise. Elle libère quelque chose en moi et me fait appréhender le monde avec un œil neuf… C’est un élément essentiel du voyage. »

Sur cette terre tapissée d’une forêt dense, il passe des heures à marcher, à s’enfoncer au plus profond. « Au bout d’un moment, on n’entend plus rien, la mousse absorbe les sons, comme si l’on se trouvait au fond de l’océan. J’avais l’impression d’être l’un des enfants du film Chérie, j’ai rétréci les gosses et d’aller dans l’infiniment petit. Je ne voyais même plus le ciel. »

Il expérimente le vert sous sa forme la plus pure et se demande alors si l’on peut pratiquer une couleur à un tel niveau d’intensité. A son retour de marche, il se lance dans des expérimentations avec des tons très naturels, comme des marrons, des verts et commence à réaliser des dessins en lien avec la nature.

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