Culture Éditrice 0 2022-08-07

« Le facteur Cheval doit se retourner dans sa tombe ! Son Palais idéal est aussi important que Lascaux ou les pyramides.  » Le collectionneur Antoine de Galbert aime l’art contemporain, il l’a amplement prouvé quand il a créé la fondation La Maison rouge à Paris, mais pour lui, l’installation de Jean-Michel Othoniel à Hauterives (Drôme) relève du sacrilège.

A l’invitation de Frédéric Legros, le directeur des lieux, les sculptures de verre coloré d’Othoniel dialoguent avec le Palais idéal de Ferdinand Cheval, dont il a de surcroît doté les fenêtres de vitraux de sa conception. Sans oublier un accrochage de ses dessins préparatoires et d’installations dans l’espace adjacent dévolu aux expositions temporaires. Antoine de Galbert n’est pas le seul à en être choqué : la plupart des amateurs d’art brut condamnent fermement cette intrusion dans le temple.

Jean-Michel Othoniel se défend de tout parasitisme en disant avoir voulu poursuivre un rêve du célèbre postier : lorsqu’il avait des visiteurs (l’entrée était déjà payante et, en bon facteur, il leur vendait des cartes postales !), les dimanches, celui-ci contraignait sa bonne, Julie Achard – elle s’en plaignait – à charrier des seaux en haut de la plus haute tour afin d’irriguer les fontaines qu’il avait conçues mais où manquait l’eau courante.

Une forme de naïveté

Othoniel a de surcroît une histoire ancienne avec ce lieu : ses parents, qui vivaient à Saint-Etienne, où il est né en 1964, venaient régulièrement en vacances non loin de là, sa mère, institutrice, et lui en avant-garde. Aujourd’hui, il nomme l’endroit « le palais de ma mère ». Le petit Jean-Michel, dès l’âge de 6 ans, s’est frotté à l’art en ce lieu, au sens propre tant les galeries conçues par le facteur Cheval sont étroites. On a hélas découvert l’endroit bien plus tard que lui, mais on comprend aisément ce qu’un tel lieu peut provoquer dans l’imaginaire d’un enfant.

L’artiste se défend de tout parasitisme en disant avoir voulu poursuivre un rêve du célèbre postier

Il y est retourné dans les années 1980 avec le photographe et cinéaste Clovis Prévost (auteur d’un court-métrage intitulé Le facteur Cheval : où le songe devient réalité), l’un de ses enseignants à l’école d’art de Cergy-Pontoise, avec lequel il a tourné un film, Orange sensation, en 1988, qui est présenté dans la salle d’exposition. Ils y rencontraient et interviewaient beaucoup d’artistes singuliers, des tenants de l’art brut en somme. Soit bien longtemps avant que ce mouvement ne devienne à la mode et ne trouve ses gardiens du temple. Des artistes de sa génération, Othoniel est sans doute l’un de ceux qui connaît le mieux ce milieu. Et si certains perçoivent une forme de naïveté ou de fraîcheur dans son œuvre, si sophistiquée soit-elle, c’est peut-être à cela qu’elle est due.

Il vous reste 51.89% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.